A/HRC/56/60
garantir à la fois la sauvegarde de la vie et la « bonne gouvernance » en mer. La Rapporteuse
spéciale s’est dite profondément préoccupée par le nombre élevé de personnes secourues en
mer, qui pourraient être victimes de la traite, et par les nombreux décès tragiques en mer.
Elle a souligné qu’il était important de prévoir des dispositifs d’orientation garantissant que
les victimes de la traite et les personnes qui risquent d’en être victimes sont dirigées vers des
services d’aide et de protection et ne sont pas placées en détention ou sanctionnées après le
débarquement, à la suite d’opérations de recherche et de sauvetage. Dans son rapport, elle
s’est en outre dite préoccupée par le nombre croissant de personnes, principalement des
Rohingya, qui entreprenaient des traversées périlleuses de la mer d’Andaman17. Selon des
données fournies par le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), plus
de 3 500 Rohingya ont tenté de traverser en bateau, au péril de leur vie, la mer d’Andaman
et le golfe du Bengale en 2022, ce qui représente une hausse de 360 % par rapport à 2021.
La Rapporteuse spéciale a insisté sur le fait qu’il fallait d’urgence qu’un dispositif
d’intervention complet soit adopté au niveau régional et que la communauté internationale
veille au partage des responsabilités. Au cours de sa visite à Cox’s Bazar, la Rapporteuse
spéciale a entendu des récits de victimes de la traite, notamment d’enfants, qui avaient été
secourues en mer, et qui avaient ensuite été conduites dans des locaux de la police et placées
en garde à vue pendant plusieurs jours, sans qu’aucune aide psychosociale, médicale ou
juridique leur soit fournie. Elle a entendu des témoignages directs d’enfants victimes (des
réfugiés rohingya qui se trouvaient à Cox’s Bazar), qui avaient été secourus en mer alors
qu’ils voyageaient vers la Malaisie pour y être mariés. Parmi ces témoignages figuraient des
récits d’enfants victimes de la traite qui avaient été placés en garde à vue dans des postes de
police, dans les mêmes locaux que des adultes, sans protection ni assistance, après avoir vécu
des expériences très traumatisantes en mer, notamment après avoir été témoins de la noyade
et de la disparition de membres de leur famille, d’autres enfants et de jeunes.
12.
La Rapporteuse spéciale insiste sur la situation critique dans laquelle se trouvent les
réfugiés rohingya, dont bon nombre, notamment les enfants, sont exposés à un risque de traite
en mer. Dans son point trimestriel de décembre 2023 consacré aux réfugiés rohingya fuyant
par voies terrestre et maritime, le Bureau régional du HCR pour l’Asie et le Pacifique a
indiqué que 6 500 personnes avaient tenté de se déplacer par voies terrestre et maritime en
2023 ; sur ce nombre, près de 4 500 réfugiés rohingya avaient entrepris une périlleuse
traversée en mer et 569 personnes avaient été déclarées mortes ou disparues. Selon le HCR,
l’année 2023 a été la plus meurtrière à ce jour pour ce qui est des mouvements maritimes
dans la région, depuis la crise de la mer d’Andaman en 2015 18 . Selon les informations
obtenues, la quasi-totalité des morts ou disparitions enregistrées (569 personnes déclarées
mortes ou portées disparues sur 6 500 personnes ayant entrepris un déplacement par voies
terrestre et maritime) ont eu lieu lors d’un déplacement en mer. Comparativement à 2022, le
nombre de personnes ayant choisi un itinéraire maritime a augmenté de 21 % et le nombre
de personnes mortes ou disparues a grimpé de 63 %. Selon les estimations, cette
augmentation du nombre de « mouvements maritimes périlleux » devrait se poursuivre en
2024 dans la mer d’Andaman et dans le golfe du Bengale.
13.
Selon les estimations, un Rohingya sur huit ayant entrepris la traversée en 2023 est
mort ou a disparu, ce qui fait de la région de la mer d’Andaman et du golfe du Bengale l’une
des zones maritimes les plus meurtrières au monde19. Toujours selon les estimations, 66 %
des personnes ayant tenté ces traversées sont des femmes et des enfants, partis, pour la plupart
d’entre eux, du Bangladesh et, dans une proportion moindre, du Myanmar.
14.
La Rapporteuse spéciale insiste sur le fait que l’on a recensé au moins sept accidents
tragiques survenus en mer entre janvier et décembre 2023, que 250 morts ont été confirmées
et 319 personnes ont été portées disparues à la suite de ces accidents. Elle juge très
préoccupant que des violences physiques généralisées, notamment des violences fondées sur
le genre, aient été signalées par les personnes ayant survécu à ces événements 20. En outre, il
est extrêmement préoccupant de relever que nul n’est tenu pour responsable de ces actes, que
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GE.24-06692
Ibid., par. 59.
Voir https://data.unhcr.org/fr/documents/details/106455.
Voir HCR, « UNHCR: Urgent action needed to address dramatic rise in Rohingya deaths at sea »,
23 janvier 2024.
Voir https://data.unhcr.org/fr/documents/details/106455.
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