A/HRC/44/51
20.
S’il y a bien eu quelques tentatives pour prendre en compte les questions de genre, on
ne s’est pas suffisamment intéressé au désavantage systémique que subissent déjà les femmes
dans tous les aspects de leur vie et qui accroît le risque de discrimination à leur égard. Les
sections ci-après présentent les principaux bouleversements intervenus dans le monde du
travail et donnent une vision d’ensemble des perspectives et des difficultés liés à ces
changements, dans le contexte des droits humains des femmes.
Progrès technologiques
21.
Les progrès technologiques, notamment l’intelligence artificielle et l’apprentissage
automatique, l’Internet des objets, les mégadonnées, l’automatisation et la robotique, sont
appelés à transformer profondément tous les domaines de la vie.
22.
Ces avancées sont l’occasion de mettre la technologie au service de l’égalité entre les
femmes et les hommes, du droit des femmes au travail et des droits des travailleuses. La
multiplication des plateformes numériques et les nombreux autres changements apportés par
la révolution numérique peuvent permettre de soutenir l’emploi des femmes autrement,
notamment par l’assouplissement des modalités de travail, la formation à distance et la
constitution de réseaux, afin de les aider à trouver un meilleur équilibre entre travail rémunéré
et tâches domestiques non rémunérés.
23.
Les technologies de l’information et des communications (TIC), et plus
particulièrement les smartphones, ont un rôle important à jouer pour ce qui est d’améliorer
les conditions de travail et la productivité des femmes dans l’économie informelle en leur
donnant accès à l’information et aux réseaux, en particulier lorsqu’elles exercent les formes
les plus précaires et les moins bien payées de travail informel. Outre qu’elles favorisent
l’inclusion économique, les TIC jouent également un rôle croissant dans l’organisation
collective des travailleuses désireuses de se faire entendre davantage sur le plan politique.
Les progrès technologiques ont créé de nouveaux espaces de mobilisation et de nouvelles
formes de liens entre les femmes, par-delà les frontières nationales et les groupes d’intérêt.
24.
En revanche, les effets de la dématérialisation sur la qualité du travail ont,
comparativement, été négligés. Si l’économie à la tâche offre de nouvelles perspectives aux
femmes, elle risque également d’aggraver la discrimination structurelle qui s’exerce à leur
égard en renforçant les stéréotypes fondés sur le genre et l’idée selon laquelle les femmes ne
devraient exercer une activité rémunérée que dans les limites de leur foyer. L’économie en
ligne ne sera pas forcément plus ouverte aux femmes que l’économie traditionnelle. Sur les
plateformes numériques, les femmes ne représentent qu’un microtravailleur sur trois, et les
disparités entre femmes et hommes sont particulièrement prononcées dans les pays en
développement18. En outre, plutôt que d’être une source de travail décent, le développement
des plateformes numériques notamment de l’économie à la tâche, contribuera probablement
à creuser les inégalités économiques que subissent les femmes en rendant leur travail plus
informel encore, compte tenu des lacunes de la réglementation actuelle du travail et du
manque d’accès à la protection sociale. En réalité, l’économie à la tâche est une extension
des formes d’emploi informel qu’exercent traditionnellement les femmes, par exemple les
travailleuses à la pièce, en dehors des plateformes technologiques. Les plateformes en ligne
pourraient bien donner naissance à une version numérique des « ateliers clandestins »
traditionnels.
25.
L’automatisation risque d’accroître les inégalités économiques subies par les femmes,
dont les plus vulnérables seront les plus touchées. Les travailleurs qui effectuent des tâches
plus répétitives courent un risque plus élevé d’être remplacés par des robots et l’intelligence
artificielle. Or d’après les informations disponibles sur les pays du Nord, la probabilité pour
les femmes d’être employées à des tâches répétitives ou dans des secteurs où de telles tâches
sont plus nombreuses est supérieure de 13 % à cette même probabilité pour les hommes. Les
travailleurs qui ont un niveau d’éducation plus faible ont 40 % de chances de voir automatiser
les tâches qu’ils accomplissent, contre 5 % seulement des travailleurs diplômés de
18
GE.20-05688
OIT, Les plateformes de travail numérique et l’avenir du travail − Pour un travail décent dans le
monde en ligne (Genève, 2018).
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