A/HRC/45/44
croire que la précarité que connaissent de nombreuses personnes d’ascendance
africaine, en particulier les personnes susceptibles d’être exposées à des
discriminations croisées, va s’accroître.
68.
Les effets de la COVID-19 sur la population sont largement socialement
déterminés et la race est un facteur important, en dépit du discours populaire qui veut
que le virus ne connaisse pas les races et des assurances selon lesquelles « nous
sommes tous dans le même bateau ». Les décideurs politiques n’ont ni reconnu ni
corrigé les déterminants sociaux de la santé existants, ce qui crée des risques encore
plus grands pour les personnes d’ascendance africaine. Cela a créé des disparités
raciales qui persistent à ce jour. Des recherches récentes confirment l’importance
qu’il y a à prendre des mesures proactives pour protéger les agents de première ligne
d’ascendance africaine, catégorie à haut risque au sein de la catégorie
particulièrement exposée des agents de première ligne50.
69.
On ne saurait mettre un terme à la discrimination raciale en ignorant
simplement la race et en partant du principe que les mentalités héritées du
colonialisme et du commerce et de la traite des Africains réduits en esclavage ont
disparu 51 . Cela est particulièrement pertinent dans le contexte de la pandémie de
COVID-19, compte tenu du risque que, dans la production de connaissances, le vécu
des Blancs soit pris pour norme, c’est-à-dire qu’on ne prenne pas en considération les
effets du racisme systémique dans ce contexte en tant que caractéristique de la
pandémie qu’il faut prendre en compte plutôt que de viser simplement à réduire
l’écart entre les personnes d’ascendance africaine et une norme définie par rapport
aux Blancs.
70.
Alors que les manifestations contre le racisme se poursuivent, de nombreuses
institutions étatiques et non étatiques ont procédé à des changements symboliques et
se sont fait l’écho de slogans clefs. Ce n’est toutefois qu’un premier pas. Les effets
toxiques du racisme systémique ne peuvent être supprimés que par des efforts de fond
visant à réduire la violence policière, à lutter contre l’impunité et à assurer l’équité et
l’égalité raciales.
71.
Les données ventilées sont également une ressource importante et politisée dans
le contexte de la pandémie de COVID-19. L’absence de données ventilées facilite les
violations des droits humains des personnes d’ascendance africaine dans le monde et
permet de les dissimuler. Pourtant, des États ne recueillent pas de telles données ou ne
les rendent pas publiques. Dans le cas de la pandémie, les données ventilées existantes
mettent en évidence les fortes disparités raciales en ce qui concerne les taux
d’infection et de mortalité. Des disparités raciales sont également évidentes dans
l’application des restrictions sociales liées à la COVID-19.
72.
Certains États ont politisé l’urgence sanitaire actuelle pour se soustraire à leurs
obligations en matière de droits de l’homme et ont fait des déclarations publiques
troublantes selon lesquelles il serait nécessaire de suspendre les droits civils et les
droits de l’homme, y compris d’instituer la détention de durée indéterminée, de
refuser l’asile, de suspendre l’action positive et les réglementations environnementales
et de restreindre les droits en matière de procréation. De telles mesures ouvrent la
voie à de graves violations des droits humains des personnes d’ascendance africaine.
Les États doivent faire face à la pandémie de COVID-19 sans aggraver la situation ou
créer une crise supplémentaire pour les personnes d’ascendance africaine.
73.
Il est à noter que le cadre des droits de l’homme offre des enseignements
importants dans le contexte des pandémies mondiales, dans le cadre desquelles les
personnes d’ascendance africaine risquent d’être oubliées en ce qui concerne l’accès
au droit à la santé, y compris aux médicaments, aux traitements et aux vaccins. Ainsi,
en Afrique du Sud, la société civile a placé son appel en faveur de l’accès aux
50
51
18
Voir Nguyen et al., « Risk of COVID-19 among front-line health-care workers ».
Une auteure afro-américaine, Toni Morrison, a exprimé la même préoccupation en 1975, lorsqu’elle a
expliqué que la fonction du racisme était la distraction, qu’il vous empêchait de faire votre travail et
vous obligeait à expliquer, encore et encore, votre raison d’être.
GE.20-10966
Sélectionner le paragraphe cible3
Se connecter à un paragraphe
Connect to an entity
Disable highlights
Ajouter à la table des matières