A/HRC/48/78 vulnérabilité. Il ne pouvait donc y avoir d’autre voie, ni d’autre principe directeur que la justice réparatrice, réclamée par tous. 43. Verene Shepherd, Vice-Présidente du Comité pour l’élimination de la discrimination raciale, a dit que les petits États insulaires en développement, comme ceux des Caraïbes, étaient extrêmement exposés aux effets des changements climatiques. Elle a fait mention du rôle du colonialisme européen dans la crise actuelle et ajouté que la crise climatique était le résultat du système esclavagiste des plantations et de siècles de pratiques agricoles basées sur une déforestation de masse qui avait érodé et appauvri les sols et causé la perte de précieuses zones forestières protégées. D’après le Programme des Nations Unies pour l’environnement, la production de sucre de canne avait entamé la biodiversité plus que toute autre culture dans le monde, en raison de son impact sur les écosystèmes, et avait aggravé l’érosion des sols. Les injustices du passé avaient incontestablement contribué à la pauvreté, au sousdéveloppement, à la marginalisation, à l’exclusion sociale, aux inégalités économiques, à l’instabilité et à l’insécurité auxquels faisaient face bon nombre de personnes dans le monde, en particulier dans les pays en développement, où se trouvait la plus large population de personnes d’ascendance africaine, encore soumises aux conséquences du colonialisme. Il faudrait que les États associent les personnes d’ascendance africaine à l’élaboration de mesures qui fassent cesser et réduisent à néant les conséquences à long terme de l’esclavage et du colonialisme, et qui mettent fin aux préjudices persistants, y compris aux atteintes à l’environnement, qui compromettaient le bien-être de ces personnes. L’oratrice a insisté sur la nécessité de mettre en œuvre le plan d’action en 10 points de la CARICOM pour une justice réparatrice, qui imposait la présentation d’excuses officielles complètes, la mise en place d’un programme de développement à l’intention des peuples autochtones, le rapatriement pour ceux qui en faisaient le choix, la construction d’institutions culturelles, la gestion de la crise de santé publique, l’élimination de l’analphabétisme, la création d’un programme africain de connaissances, de mesures de réadaptation psychologique, des transferts de technologie et l’annulation de la dette. 44. Si, aux fins des réparations de l’esclavage, l’on tenait compte des dommages causés par les plantations sur les environnements insulaires, de l’indigence des populations issues de l’esclavage, qui rendait celles-ci particulièrement vulnérables face aux changements climatiques, de la contribution des systèmes esclavagistes à l’assise financière des économies mondiales, et de la contribution des banques et des sociétés d’assurance, par leurs apports de fonds, à l’essor mondial des industries minières et des activités d’extraction de combustibles fossiles, alors l’on pourrait établir que les bénéficiaires de l’esclavage avaient exposé les populations caribéennes à des dommages écologiques, à une vulnérabilité sociale et aux risques associés aux changements climatiques. Dans une optique de réparation, les mesures d’adaptation aux changements climatiques, pour les pays qui étaient à la fois les moins responsables de ces changements et les plus exposés à leurs conséquences, seraient financées en conséquence. 45. William A. Darity Jr., de la Commission Lancet sur les mesures de réparation et la justice distributive, a affirmé que le racisme structurel faisait clairement sentir ses effets aux États-Unis, comme le montrait l’état de santé bien moins bon des Afro-Américains par rapport à celui du reste de la population. Pendant la pandémie, les inégalités sanitaires s’étaient creusées. Au début de mars 2021, le taux effectif de mortalité due à la COVID-19 parmi la population noire du pays était 1,2 fois supérieur à celui enregistré parmi la population blanche. La plus grande vulnérabilité des Afro-Américains à la maladie s’expliquait par leur mauvais état de santé initial et leurs difficultés d’accès à des soins médicaux de qualité. Si les Afro-Américains étaient en moins bonne santé, c’est parce qu’ils couraient un risque bien plus élevé d’être exposés à des menaces écologiques. Dans son récent ouvrage, From Here to Equality: Reparations for Black Americans in the Twenty-First Century (Vers l’égalité : Mesures de réparation en faveur des Noirs américains au XXIe siècle), l’orateur avait recensé bon nombre de ces menaces. Par exemple, la probabilité était plus élevée, pour les Noirs américains, de vivre à proximité de sites de déchets dangereux, d’être intoxiqués au dioxyde d’azote, de manquer d’eau potable et d’équipements sanitaires, et d’habiter à proximité d’installations très polluantes, qui rejetaient des agents cancérogènes dans l’atmosphère. Une grande partie du préjudice subi par la population noire américaine découlait de la privation de richesse. La mise en œuvre d’un plan d’action permettant de résorber l’écart de richesse entre la population noire et la population blanche 12 GE.21-09167

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