A/HRC/48/78
établi que le niveau de dioxyde d’azote, demeuré supérieur aux limites fixées par l’Union
européenne et la législation nationale, avait entraîné la mort d’Ella. Or, les professionnels de
santé n’avaient pas informé sa mère des risques sanitaires de la pollution atmosphérique,
susceptible d’aggraver l’asthme, ni des mesures qui auraient pu empêcher le décès de sa fille.
L’enquête avait clairement montré que la pollution atmosphérique était à l’origine de
plusieurs milliers de morts prématurées chaque année au Royaume-Uni. Des vies auraient pu
être épargnées si l’on avait moins tardé à réduire la pollution de l’air9. La mère d’Ella faisait
campagne pour créer une « loi Ella » destinée à remplacer la législation obsolète du
Royaume-Uni sur la qualité de l’air. La vingt-sixième session de la Conférence des Parties
(voir par. 23 ci-dessus) était l’occasion de demander aux dirigeants ce qu’ils faisaient pour
protéger le droit à un air pur, d’exiger un contrôle de la qualité de l’air et de militer en ce
sens, de sensibiliser les personnes les plus vulnérables et de faire en sorte que les gens ne
jettent pas leurs déchets n’importe où.
28.
Mme Angelique Walker-Smith, associée principale nationale chargée de la
collaboration avec les églises panafricaines et orthodoxes au sein de l’organisation Bread for
the World, s’est penchée sur l’absence de justice environnementale à l’heure de la crise
climatique et sur ses conséquences pour les peuples d’Afrique et les personnes d’ascendance
africaine partout dans le monde. Elle a évoqué le cas de Flint, ville du Michigan (États-Unis)
dont le réseau de distribution d’eau avait été contaminé pendant des années en raison de la
négligence des pouvoirs publics et du mépris affiché pour la vie des Noirs et des personnes
de couleur. En 2014, la municipalité avait décidé, par souci d’économie, de modifier son
système d’approvisionnement en eau en puisant celle-ci dans une rivière locale.
Insuffisamment traitée et analysée, l’eau était de très mauvaise qualité et avait entraîné de
graves problèmes de santé parmi les habitants de Flint, dont les doléances avaient été
systématiquement ignorées, voire rejetées, par les autorités alors que l’odeur, la décoloration
et le mauvais goût de l’eau, ainsi que des irritations cutanées et des pertes de cheveux, avaient
été signalés pendant dix-huit mois. La Commission des droits civils du Michigan avait conclu
que l’incurie des pouvoirs publics face à la crise de Flint s’expliquait par un racisme
systémique. Mme Walker-Smith a fait observer que les Afro-Américains étaient cinq fois plus
susceptibles que le reste de la population de vivre dans des zones de grande pauvreté,
lesquelles étaient plus vulnérables face aux chocs climatiques et ne disposaient pas
d’équipements publics permettant d’atténuer les effets des changements climatiques, comme
des arbres contribuant à purifier et à rafraîchir l’air par temps de canicule. Réalités
historiques, le colonialisme et le racisme structurel avaient donné naissance à des systèmes
qui perduraient à travers le racisme environnemental et quantité d’autres injustices issues des
mêmes racines pernicieuses. Les manifestations pour la justice raciale se poursuivaient aux
quatre coins du globe, sur fond de catastrophes climatiques sans précédent, de crise
économique et de pandémie ayant fait plus d’un million de morts dans le monde.
29.
Eva Okoth, de l’organisation Natural Justice: Lawyers for Communities and the
Environment, a évoqué la réalité africaine et rappelé que l’Afrique, qui ne représentait qu’une
faible part des émissions mondiales de CO2, était le continent le plus vulnérable face aux
changements climatiques. Ce continent avait été frappé de plein fouet par des catastrophes
naturelles dues aux changements climatiques, qu’il s’agisse de sécheresses, d’inondations,
de l’élévation du niveau de la mer ou encore de l’invasion de criquets pèlerins. Le racisme
environnemental était étroitement lié à la justice environnementale et plongeait ses racines
dans le colonialisme. Au cours de la période postcoloniale, les anciennes colonies avaient
servi de dépotoirs pour les pays du Nord et le commerce de produits nocifs et toxiques. Des
industries polluantes s’étaient implantées dans des pays africains transformés en déchetteries,
où certaines communautés subissaient de manière disproportionnée les conséquences des
crises environnementales. En Afrique, le racisme environnemental s’était institutionnalisé.
Le financement du développement alourdissait le fardeau de la dette dans de nombreux pays
africains. Des multinationales se dérobaient à leurs responsabilités environnementales et les
peuples autochtones et marginalisés perdaient leurs droits fonciers. Dans le même temps, des
solutions crédibles étaient négligées et le Nord avait la haute main sur la recherche et les
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GE.21-09167
Voir www.judiciary.uk/wp-content/uploads/2021/04/Ella-Kissi-Debrah-2021-0113-1.pdf.
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