A/HRC/56/60
5.
Le Programme de développement durable à l’horizon 2030 intégrait expressément la
question des migrations dans trois cibles des objectifs de développement durable 2 et
reconnaissait la contribution positive qu’apportent les migrants à une croissance inclusive et
au développement durable3. La cible 10.7 vise à faciliter la migration et la mobilité de façon
ordonnée, sûre, régulière et responsable, notamment par la mise en œuvre de politiques
migratoires planifiées et bien gérées. La réalisation progressive et continue des objectifs de
développement durable est essentielle si l’on veut prévenir la traite et protéger les personnes
qui en sont victimes, et cette action doit figurer parmi les engagements clés du Sommet de
l’avenir, qui aura lieu prochainement, et s’appuyer sur les obligations imposées par le droit
international des droits de l’homme, le droit international des réfugiés et les dispositions du
droit international relatives à la traite des êtres humains.
6.
Dans le présent rapport, la Rapporteuse spéciale expose l’obligation qui est faite aux
acteurs maritimes, notamment aux États, y compris aux États du port et aux États du pavillon,
aux acteurs non étatiques, aux navires de commerce et aux organisations internationales,
d’assurer efficacement la prévention de la traite et la protection des victimes de la traite en
mer, en particulier des enfants. Elle expose également l’obligation mise à leur charge de faire
en sorte que les auteurs de l’infraction grave et de la violation grave des droits de l’homme
que constitue la traite des êtres humains aient à répondre de leurs actes, et de garantir l’accès
des victimes de la traite à des recours utiles, en tenant compte des difficultés particulières que
celles-ci rencontrent dans le contexte des mouvements migratoires mixtes en mer.
II. Lacunes juridiques en matière de protection en mer
7.
Les lacunes juridiques en matière de protection en mer ne sont pas inévitables. Elles
sont la conséquence d’un manque de coopération internationale et de partage des
responsabilités. Les informations et signalements que la Rapporteuse spéciale a reçus mettent
systématiquement en lumière l’existence de lacunes juridiques en matière de protection en
mer. La confusion qui règne concernant l’État ou l’acteur non étatique qui est responsable,
de même que le déplacement des responsabilités qui s’est opéré, ont conduit à des transferts
de responsabilité pour ce qui est de l’accueil des demandeurs d’asile et de l’examen des
demandes d’asile4. En mer Méditerranée, il demeure préoccupant de voir que des migrants et
des réfugiés, dont certains peuvent être victimes de la traite, sont renvoyés vers la Libye, où
il existe toujours un risque réel de violations graves des droits de l’homme5.
8.
La Mission indépendante d’établissement des faits sur la Libye a rendu des
conclusions très préoccupantes, dont il ressort que les autorités libyennes, notamment le
Service de la lutte contre l’immigration illégale, les garde-côtes libyens et l’Organisme
d’appui à la stabilité, de même que des États tiers, sont informés depuis plusieurs années du
caractère incessant, généralisé et systématique des attaques dont sont victimes les migrants,
notamment des violations perpétrées en mer, dans les centres de détention, sur les itinéraires
empruntés par les trafiquants et les passeurs et dans les plaques tournantes de la traite 6 .
Malgré des éléments crédibles attestant des risques réels de traite et d’autres violations graves
des droits de l’homme, les autorités libyennes, conformément aux mémorandums d’accord
conclus entre la Libye et des États tiers, poursuivent leur politique consistant à intercepter les
migrants et à les renvoyer de force en Libye. La Mission a en outre conclu qu’il existait des
motifs de croire que l’Union européenne et ses États membres avaient fourni, de manière
directe ou indirecte, un appui financier et technique et des équipements, tels que des bateaux,
aux garde-côtes libyens et au Service de la lutte contre l’immigration illégale, et que cet appui
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Cibles 8.8, 10.7 et 17.18. Voir aussi l’objectif 8 (Promouvoir une croissance économique soutenue,
partagée et durable, le plein emploi productif et un travail décent pour tous) ; l’objectif 10 (Réduire
les inégalités dans les pays et d’un pays à l’autre) ; l’objectif 17 (Questions structurelles).
Résolution 70/1 de l’Assemblée générale, par. 29.
A/HRC/53/28, par. 30.
Voir, par exemple, Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), « “Lethal
disregard”: search and rescue and the protection of migrants in the central Mediterranean Sea »
(Genève, 2021).
A/HRC/52/83, par. 46.
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