A/HRC/56/60
peu d’enquêtes sont ouvertes à partir de preuves pourtant crédibles de traite et, qu’au surplus,
parmi les réfugiés rohingya traversant la mer d’Andaman et le golfe du Bengale, les victimes
de la traite et les personnes qui risquent d’en être victimes bénéficient rarement de dispositifs
d’aide et de protection ; cette situation requiert une attention urgente de la part des entités des
Nations Unies, des organismes régionaux et des États.
15.
La Rapporteuse spéciale appelle l’attention sur les engagements politiques pris par
tous les États membres du Processus de Bali sur le trafic de migrants, la traite des personnes
et la criminalité transnationale qui y est associée au titre de la déclaration éponyme de 2016.
Toutefois, étant donné qu’il n’existe toujours pas de mécanisme régional chargé d’organiser
des opérations prévisibles de recherche et de sauvetage et d’assurer le débarquement en toute
sécurité, les mesures d’intervention sont menées selon des approches diverses et de manière
ponctuelle et les États continuent de ne pas respecter l’obligation qui leur incombe de
prévenir la traite et d’aider et protéger les victimes de la traite.
16.
Pendant sa visite en Colombie en 2023, la Rapporteuse spéciale s’est rendue dans
plusieurs zones frontalières, notamment le golfe d’Urabá (Apartadó et Necoclí)21, et a pris
note des conditions de vie précaires, de l’absence de lieu d’hébergement sûr et des sérieux
risques de traite, en particulier pour les femmes, les familles et les enfants, qui sont prêts à
payer un prix exorbitant pour poursuivre le voyage jusqu’au Mexique, au Panama et aux
États-Unis d’Amérique. Le prix demandé varie en fonction de l’itinéraire emprunté pour la
traversée de la région du Darién. Les personnes ayant peu de moyens (souvent des Haïtiens
et des Vénézuéliens) sont forcées d’emprunter des itinéraires plus longs et plus dangereux,
tandis que les personnes disposant de davantage de ressources peuvent prendre des chemins
plus sûrs.
17.
En raison de sérieux risques de traite et d’autres violations des droits de l’homme, le
Bureau du Défenseur du peuple de Colombie a publié, le 11 avril 2023, des alertes
temporaires binationales concernant les départements d’Antioquia et du Chocó22. Cependant,
il demeure préoccupant de relever que ces alertes n’ont eu que peu d’effets et que les
ressources et dispositifs de protection prévus, dans la pratique, pour les victimes de la traite
et les personnes qui risquent d’en être victimes sont insuffisants. Il y a des risques particuliers
de traite dans les principaux ports du golfe d’Urabá, notamment Necoclí et Turbo, où arrivent
des migrants qui veulent rejoindre par la mer Acandí (une municipalité limitrophe du
Panama) ou Capurganá (une commune de la municipalité d’Acandí), voire directement des
villes du Panama (en empruntant des itinéraires maritimes non réglementés). Ces trois
municipalités sont situées dans une zone contrôlée par un groupe armé illégal qui a la
mainmise sur les itinéraires de migration mixte. La Rapporteuse spéciale a appelé l’attention
sur le fait que les enfants non accompagnés sont particulièrement exposés à des risques de
traite à des fins d’exploitation dans le cadre d’activités criminelles, d’exploitation sexuelle et
de travail forcé. Elle note que l’insuffisance constante de voies de migration régulière amène
les migrants à emprunter des itinéraires plus dangereux et contribue à l’augmentation des
activités criminelles dans la région. Les modifications apportées aux lois et politiques sur les
migrations et le droit d’asile aux États-Unis et au Mexique ont eu une incidence sur le nombre
de réfugiés et de migrants qui empruntent les voies maritimes et poursuivent leur périlleux
itinéraire à travers la région du Darién23. La Rapporteuse spéciale souligne combien il est
urgent d’aider davantage les communautés d’accueil et d’accorder un plus grand rôle aux
acteurs du développement et aux institutions financières internationales pour ce qui est
d’aider les États à remplir leurs obligations de protection et à mener une action de prévention
de la traite.
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En 2023, l’organisation Migration Colombia a signalé que, sur les 539 959 migrants en situation
irrégulière arrivant en Colombie, 343 112 avaient quitté le pays en passant par Necoclí.
Voir https://alertasstg.blob.core.windows.net/alertas/014-23.pdf.
Voir www.cfr.org/article/crossing-darien-gap-migrants-risk-death-journey-us.
GE.24-06692