A/HRC/55/53
I. Introduction
1.
La réinstallation a des conséquences majeures sur la vie et le bien-être des populations.
Si les expulsions forcées et les déplacements arbitraires sont reconnus de longue date comme des
violations flagrantes des droits de l’homme, on se préoccupe moins de ce qu’endurent les
personnes touchées après leur déplacement. De nombreuses communautés n’ont jamais bénéficié
de solutions durables ni eu la possibilité de se réinstaller conformément aux normes
internationales des droits de l’homme. Malheureusement, celles qui ont été réinstallées se trouvent
souvent dans une situation très difficile qui les empêche d’exercer pleinement leurs droits.
2.
En hausse depuis plusieurs dizaines d’années, le nombre de personnes déplacées en
raison de conflits, de catastrophes, du développement, de l’accaparement de terres −
y compris l’accaparement « vert » − et des changements climatiques devrait continuer
d’augmenter1. L’urbanisation, la spéculation foncière et la marchandisation excessive des
terres et des logements, le recours effréné au pouvoir d’expropriation, la production agricole
et la gestion de l’eau industrielles, les projets d’infrastructure, les méga-événements, les
conflits violents, la conservation, les catastrophes et les changements climatiques sont autant
de facteurs de déplacement et de réinstallation à grande échelle.
3.
S’il existe déjà plusieurs normes internationales sur les déplacements de personnes à
l’intérieur de leur propre pays et les déplacements dus au développement, le Rapporteur
spécial estime qu’il faut élaborer des principes et des lignes directrices sur le respect des
droits de l’homme dans tous les processus de réinstallation qui soient fondés sur le droit
conventionnel des droits de l’homme, les normes internationales des droits de l’homme, les
principes du droit national et les meilleures pratiques internationales. L’objectif de ces lignes
directrices serait de combler un déficit majeur en matière de protection, d’harmoniser les
normes et les règles existantes et de veiller à ce que tous les processus de réinstallation soient
menés dans le respect des droits de l’homme.
4.
Si certains aspects de la réinstallation, tels que le consentement préalable, libre et
éclairé et le droit à la participation, sont énoncés dans des instruments internationaux et
quelques politiques et lois nationales, il n’existe pas encore de lignes directrices
internationales qui visent à garantir la conformité de la réinstallation avec les normes des
droits de l’homme à toutes les étapes du processus. L’absence de règles claires a conduit les
États, les institutions financières, les entreprises et d’autres acteurs à adopter des approches
incohérentes, ce qui fait que des cas de non-respect des droits de l’homme dans le cadre de
processus de réinstallation continuent d’être signalés aux mécanismes de l’Organisation des
Nations Unies (ONU) relatifs aux droits de l’homme.
5.
Dans le présent rapport, soumis en application de la résolution 52/10 du Conseil des
droits de l’homme, le Rapporteur spécial met en lumière les problèmes qui se posent, sur le
plan des droits de l’homme, pendant la réinstallation et à l’issue de celle-ci, et fait le bilan
des normes de droit international et des règles, politiques et pratiques existantes en matière
de réinstallation. Il évalue en outre les lacunes que présente le cadre juridique existant et
analyse les démarches à entreprendre pour faire en sorte que les droits de l’homme pertinents
soient respectés, aussi bien dans la théorie que dans la pratique, en cas de réinstallation.
Le rapport ne porte pas sur les processus transfrontaliers de relocalisation de réfugiés ni sur
les procédures de sélection et de transfert de réfugiés vers des pays tiers. Il s’appuie sur les
résultats de la consultation d’experts organisée par le Rapporteur spécial le 29 novembre
2023, des contributions écrites et des recherches approfondies. Le Rapporteur spécial
remercie tous ceux qui ont communiqué des contributions écrites 2.
6.
Si, dans les publications comme dans les textes normatifs, les termes anglais
relocation et resettlement ont souvent été utilisés indifféremment par le passé, dans le présent
rapport, le terme resettlement ou « réinstallation » s’entend du déplacement d’un groupe de
personnes, petit ou grand, vers ce qui devient son nouveau lieu de résidence habituel, où il
reconstruit sa vie et retrouve des moyens de subsistance.
1
2
GE.24-00501
Voir A/HRC/52/28.
Les contributions peuvent être consultées à l’adresse suivante : https://www.ohchr.org/fr/calls-for-input/
2023/call-inputs-resettlement-human-rights-issue.
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