A/HRC/41/33 ont été évoqués plus haut, car l’idée de fragilité ou d’incapacité est liée à la soumission qui est attendue d’elles en famille et dans la société, et ce sont souvent leur vertu morale et leur « pureté » sexuelle que l’on se soucie d’abord de préserver. D’aucuns considèrent en effet que les femmes cèdent facilement au « vice », si bien que les hommes et la société doivent les « surveiller ». 43. Ces préjugés sont particulièrement susceptibles de conduire à des situations d’enfermement au domicile familial et à d’autres formes de captivité dans la sphère privée, car les membres de la famille peuvent considérer qu’il est de leur devoir de « protéger » les femmes en les gardant en lieu « sûr ». Cette idée est omniprésente dans les différentes formes d’« enfermement comme mesure de protection » qui peuvent aisément se convertir en un contrôle répressif exercé par les hommes de la famille, ou par des familles ou des communautés peu soucieuses du bien-être des femmes, de telle sorte que celles-ci se trouvent exclues de certaines sphères de la société et enfermées dans d’autres 27 . En témoignent certaines études qui rendent compte de ce que vivent les femmes qui sont prisonnières d’un régime de tutelle qui les empêche de se déplacer librement et de prendre leurs propres décisions28. 44. Plus encore que les autres, les femmes handicapées sont considérées comme faibles et comme ayant besoin d’être protégées, si bien que les familles en arrivent à se convaincre qu’elles sont mieux enfermées dans des établissements spécialisés. Dans un grand nombre de cas, cette privation de liberté est orchestrée par l’État, qui permet d’ôter à ces femmes leur capacité juridique, sans que des structures d’appui adaptées aient été mises en place et sans que le droit de ces femmes à l’autonomie ait été reconnu. Celles-ci se retrouvent par conséquent sous tutelle et voient leur capacité de décision confiée à des tiers. Les femmes handicapées sont aussi victimes de l’enfermement à domicile. Elles sont en effet bien souvent cloîtrées chez elles soit à cause de stéréotypes culturels, soit faute de services et de systèmes d’appui. Par crainte qu’elles ne soient particulièrement exposées aux violences sexuelles, à quoi s’ajoute à l’effroi suscité par la sexualité des jeunes filles, les filles handicapées sont encore plus exposées que leurs aînées à l’enfermement dans le cadre familial. 45. La vulnérabilité réelle ou supposée des femmes aux violences fondées sur le genre a conduit certains pays à instituer des systèmes de « détention administrative ou protective » qui visent à protéger celles qui sont en danger. Dans certains cas, des couvre-feu extrêmement stricts sont appliqués à des fins de protection. La détention comme mesure de protection sert aussi à « protéger » les filles handicapées et les adolescentes de la violence et des grossesses « non désirées ». Si les établissements qui les accueillent sont censés garantir la sécurité des femmes, ils sont ou deviennent parfois des lieux de privation de liberté, dans lesquels les femmes sont enfermées conformément aux instructions des pouvoirs publics ou de leurs proches (voir A/HRC/35/40 et Corr.1). Selon certaines informations, la détention comme mesure de protection aurait parfois pour seul but de « prémunir » les femmes contre les comportements déviants ou de les empêcher de s’écarter des normes et des attentes sociétales, et il a été établi que cette pratique constituait une forme de détention arbitraire contraire au droit international des droits de l’homme (A/HRC/27/48, par. 78 et 79). 46. L’idée que les femmes ont besoin d’être protégées a aussi des conséquences dans les situations de crise, où il arrive que les familles soient déplacées et déstabilisées, et qu’elles courent des risques accrus, y compris, comme cela a été largement démontré, des risques de violence fondée sur le genre dans le cas des femmes. Le Groupe de travail a en effet reçu des informations indiquant que la liberté des femmes, et en particulier celle des filles, fait l’objet de restrictions draconiennes dans les situations de crise humanitaire, leurs proches les empêchant de sortir et les obligeant à rester à la maison ou dans l’abri où la famille est hébergée. Ainsi, les camps de déplacés et de réfugiés deviennent parfois pour les femmes 27 28 12 Voir Johannes Jütting and Christian Morrisson, « Renforcer le rôle économique des femmes dans les pays en développement − Pour le changement des institutions sociales », Centre de développement de l’Organisation pour la coopération et le développement économiques, Cahier de politique économique no 27 (2005). Human Rights Watch Boxed in: Women and Saudi Arabia’s Male Guardianship System (2016). GE.19-07966

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