A/HRC/53/39
la marchandisation des biens publics et le recul de l’État-providence18. Si le présent rapport
n’a pas pour objet d’analyser ces phénomènes, il importe de noter que l’omniprésence des
inégalités socioéconomiques mondiales, qui se caractérisent par la concentration des
richesses entre les mains de quelques personnes (essentiellement des hommes), quelques
entreprises d’un nombre limité de pays et quelques États développés, a restreint les ressources
susceptibles d’être allouées aux politiques, services et programmes visant à faire progresser
les droits des femmes et l’égalité des sexes19.
13.
La pauvreté est un phénomène genré intimement lié à d’autres formes d’inégalités et
de discrimination. Pour les femmes et les filles, les considérations de race, d’appartenance
ethnique, de statut migratoire, d’âge, de handicap, de religion, de situation géographique,
d’orientation sexuelle et d’identité de genre viennent s’ajouter à la pauvreté et produire
d’autres formes de discrimination et d’inégalités qui varient dans le temps et d’un endroit à
l’autre. La persistance des normes discriminatoires et des stéréotypes préjudiciables aux
femmes et aux filles dans tous les domaines de la vie − familiale, publique ou
professionnelle − dans les entreprises et dans toutes les branches du pouvoir public contribue
au maintien et au creusement de ces inégalités20. Au vu des récentes attaques et réactions
hostiles envers le principe de l’égalité des genres, il est urgent de réaffirmer que le cadre des
droits de l’homme et les approches féministes intersectionnelles sont essentiels pour lutter
contre la pauvreté et les inégalités que celle-ci perpétue et enracine21.
14.
Pendant trop longtemps, la plupart des politiques économiques nationales et
internationales ont cherché à intégrer plus efficacement les femmes et les filles dans les
systèmes économiques inégaux existants, plutôt qu’à remettre en question et à réformer ces
systèmes afin qu’ils protègent l’ensemble des droits de l’homme et favorisent leur exercice
par tous22. Par conséquent, bon nombre des mesures prises pour lutter contre la féminisation
de la pauvreté reposent sur une conception étroite de celle-ci, à savoir le simple manque de
ressources économiques, et ont tendance à envisager les femmes comme un groupe
homogène23. Au lieu de battre en brèche et de faire évoluer les formes croisées d’inégalités,
les stratégies traditionnelles de réduction de la pauvreté risquent d’enraciner davantage les
stéréotypes sexistes et essentialistes et les inégalités structurelles qui en découlent24.
15.
En temps de crise, y compris de crise économique, les stratégies dominantes en
matière de sécurité sont étriquées et ne tiennent pas compte des droits de l’homme, ce qui a
des effets disproportionnés sur les femmes et les filles. Envisager la sécurité de manière
globale et fonder les mesures prises dans ce domaine sur le droit des droits de l’homme25
permettrait de prioriser la prévention et la gestion des risques accrus de pauvreté et d’inégalité
auxquels les femmes et les jeunes filles sont confrontées. À cet égard, outre qu’elle a exacerbé
les inégalités existantes, la crise de la COVID-19 a entraîné une certaine remise à plat des
idéologies économiques dominantes, y compris la reconnaissance du rôle central des soins
dans nos sociétés, ce que les féministes appelaient de leurs vœux depuis des années, ainsi que
la réévaluation de la position de l’État (par rapport au marché) en tant qu’acteur de la
définition des politiques publiques et de l’affectation des ressources à celles-ci. Le moment
est donc tout indiqué pour revoir la notion de croissance économique illimitée, souvent
fondée sur des formes profondément ancrées de discrimination structurelle, des inégalités
économiques transnationales, le non-respect des obligations de solidarité internationale en
matière d’assistance et de coopération, et l’insuffisance ou l’absence de réseaux de protection
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Voir A/HRC/44/51.
Focus 2030, « Recensement des bases de données sur les inégalités de genre dans le monde », 3 mars
2023.
Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, « Ending violence against women and
girls key to tackle global crises and achieving prosperity », 24 novembre 2022.
Voir A/HRC/38/46 et la note d’information du Groupe de travail sur la discrimination à l’égard des
femmes et des filles intitulée « Gender equality and gender backlash » (2020).
Points de vue exprimés lors des consultations organisées par le Groupe de travail.
Naila Kabeer, « Gender equality, the MDGs and the SDGs: achievements, lessons and concerns »,
London School of Economics, 6 octobre 2015.
Sylvia Chant, « Women, girls, and world poverty: empowerment, equality or essentialism? »,
International Development Planning Review, vol. 38, n° 1, p. 1 à 24.
Voir, par exemple, la résolution 66/290 de l’Assemblée générale, par. 3.
GE.23-06173
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