A/HRC/45/44
vaccins, malgré les disparités raciales frappantes qui se sont fait jour pendant la pandémie et
le fait que les essais se sont déroulés à Atlanta, dont la population est majoritairement noire36.
47.
Dans de nombreux États, les entités qui prennent les décisions à un haut niveau
concernant la crise ne sont pas suffisamment représentatives et n’ont pas la compréhension
de la situation et l’expertise nécessaires pour pouvoir procéder de manière responsable à
une planification au nom des communautés d’ascendance africaine. Pour faire face à la
pandémie de COVID-19, il faut comprendre la diversité plutôt que la nier. Ainsi, dans une
communication soumise au Groupe de travail, des représentants de la société civile ont
remis en question la pertinence des équipes dirigeantes d’hôpitaux londoniens, qui sont
entièrement blanches. Les États peuvent tirer parti de l’expertise de la société civile pour
définir les principales préoccupations et mettre en œuvre les politiques de manière efficace.
Aux États-Unis, le premier vaccin entré dans la phase III des essais a été mis au point par
une femme médecin d’ascendance africaine. Une véritable compréhension des
communautés d’ascendance africaine, avec la participation des personnes concernées et la
prise en compte de voix diverses à tous les niveaux, devrait contribuer à informer et à
stimuler l’innovation.
48.
Sans des efforts ciblés pour contenir le racisme systémique, les États risquent
d’instrumentaliser par défaut les personnes d’ascendance africaine aux fins de l’innovation
scientifique. En 2019, aux États-Unis, les principaux algorithmes commerciaux relatifs aux
soins de santé recommandaient moins de traitements, d’interventions et de soins pour les
personnes d’ascendance africaine que pour les personnes blanches se trouvant dans une
situation identique (sur la base de scores de risque différents) 37 . Dans la recherche
scientifique, des facteurs comme la « conception de l’étude » et la « logistique » ont pour
effet d’exclure les personnes d’ascendance africaine. Au Brésil, l’hydroxychloroquine, un
médicament promu par les États-Unis, a été fourni aux populations autochtones et présenté
comme curatif avant qu’il ait été établi qu’il était inefficace contre la COVID-19, mais
aussi après.
49.
En avril 2020, dans une émission de télévision, le chef du service de réanimation
d’un grand hôpital universitaire public parisien et un directeur de recherche de l’Institut
national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) ont publiquement discuté de la
possibilité d’utiliser des personnes d’ascendance africaine comme cobayes pour la
recherche sur la COVID-19. Un des médecins a suggéré de tester les vaccins sur des
Africains, évoquant leur manque d’accès aux masques, aux traitements et à la réanimation.
L’autre a parlé de projets portant précisément sur de telles études. Face au tollé suscité, ce
dernier a ensuite présenté des excuses, mais n’a ni reconnu une faute ni admis la teneur
raciste ou colonialiste de ses propos, préférant s’excuser d’avoir pu « blesser » des
personnes par ses remarques. Le Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé a
condamné les déclarations initiales, déclarant sans équivoque que l’Afrique ne pouvait pas
être et ne serait pas un terrain d’essai pour des vaccins quels qu’ils soient et que la gueule
de bois de la mentalité coloniale devait cesser.
50.
Cette « gueule de bois de la mentalité coloniale » a créé des obstacles à l’exercice
des droits de l’homme par les personnes d’ascendance africaine. Ainsi, en Haïti, la décision
de refuser l’accès à des médicaments coûteux contre le VIH s’explique par des préjugés et
non par des considérations de coût. En 2001, le Gouvernement des États-Unis s’est opposé
à l’envoi aux Haïtiens de médicaments contre VIH à prendre à heure fixe, au motif que la
population n’avait pas de montre. Des fonctionnaires de l’Organisation des Nations Unies
ont déclaré que les bébés devraient boire du lait maternel contaminé par le VIH parce que
l’approvisionnement en lait maternisé « créait des dépendances » qui n’étaient pas
« rentables » ou « efficientes »38. Des chercheurs ont dû prouver que les Haïtiens pouvaient
36
37
38
GE.20-10966
Voir, par exemple, Lisa A. Jackson et al., « An mRNA Vaccine against SARS-CoV-2 - Preliminary
Report », New England Journal of Medicine, 14 juillet 2020.
Voir Ziad Obermeyer et al., « Dissecting racial bias in an algorithm used to manage the health of
populations », Science, vol. 366, no 6464 (25 octobre 2019).
David A. Walton et al., « Integrated HIV prevention and care strengthens primary health care: lessons
from rural Haiti », Journal of Public Health Policy, vol. 25, no 2 (28 avril 2004).
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