A/HRC/45/44
54.
Les exemples sont nombreux. Le plus connu est peut-être l’étude de Tuskegee sur la
syphilis, qui est le contre-exemple qui sous-tend les règles éthiques qui s’appliquent
aujourd’hui dans le contexte de l’expérimentation sur l’être humain. De 1932 à 1972, des
scientifiques ont fait des injections de syphilis à des Afro-américains, qu’ils ont
délibérément laissés sans traitement pour pouvoir étudier la nature et la progression de la
maladie. En Belgique, des personnes d’ascendance africaine ont été montrées à plusieurs
reprises dans des « zoos humains », la dernière fois en 2002 (A/HRC/42/59/Add.1, par. 10).
Sara Baartman, connue sous le nom de « Vénus hottentote », a été enlevée de force dans ce
qui est aujourd’hui l’Afrique du Sud, réduite en esclavage, soumise à des agressions
sexuelles et à une exploitation sexuelle (y compris une fécondation « expérimentale ») et
exposée publiquement en Europe aux fins de l’observation et de l’étude, même après sa
mort, jusqu’à la fin des années 1970. Elle a appris plusieurs langues européennes, est
célèbre pour avoir refusé de laisser les scientifiques étudier ses organes génitaux, mais ses
capacités ou son humanité n’ont jamais été reconnues.
55.
Aux États-Unis, des médecins ont procédé à des dissections et à des expériences sur
des personnes libres comme sur des personnes asservies. Un médecin a mesuré la
susceptibilité des personnes d’ascendance africaine aux coups de chaleur, afin de
déterminer le nombre d’heures que pouvaient passer les esclaves africains sous le soleil 43.
Un autre, le docteur Marion Sims, a mené, sans anesthésie ni analgésiques, des expériences
célèbres sur des femmes d’ascendance africaine présentant des fistules vaginales, et a
documenté sa brutalité et les souffrances des femmes qui ont dû subir jusqu’à
30 interventions invasives.
56.
Les personnes d’ascendance africaine ont également été ouvertement exploitées au
nom du progrès scientifique. Henrietta Lacks, source de la lignée cellulaire immortalisée
HeLa, était pauvre et afro-américaine. Les chercheurs ont néanmoins tiré des millions de
dollars de revenus de ses cellules, cultivées à son insu et sans son consentement. Des
expériences médicales, y compris des essais cliniques pour des médicaments, des
protocoles et des traitements, sont menées depuis longtemps dans des pays d’Afrique
subsaharienne, en Haïti et dans d’autres pays. Cependant, il est courant que, dans les pays
mêmes où les médicaments ont été testés et perfectionnés, les personnes d’ascendance
africaine luttent pour avoir accès à des traitements vitaux.
Cadre international des droits de l’homme et racisme systémique
2.
57.
L’exploitation des personnes d’ascendance africaine, considérée comme une
« innovation scientifique » ou jugée « nécessaire », et la discrimination raciale systémique
ont existé parallèlement à un cadre des droits de l’homme solide. L’égalité − y compris le
droit de ne pas subir de discrimination − est au cœur du cadre des droits de l’homme et est
inscrite dans tous les instruments relatifs aux droits de l’homme. L’article 2 de la
Déclaration universelle des droits de l’homme consacre l’égalité de jouissance des droits et
des libertés « sans distinction aucune, notamment de race… ». Le paragraphe 2 de
l’article 20 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques interdit tout appel à la
haine nationale, raciale ou religieuse qui constitue une incitation à la discrimination et à
l’hostilité ou à la violence.
58.
La Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de
discrimination raciale reconnaît le racisme systémique et oblige les États parties à le
combattre activement. Dans sa recommandation générale n o 34 (2011) sur la discrimination
raciale à l’égard des personnes d’ascendance africaine, le Comité pour l’élimination de la
discrimination raciale rappelle que les personnes d’ascendance africaine devraient jouir de
tous les droits de l’homme et de toutes les libertés fondamentales conformément aux
normes internationales, dans des conditions d’égalité et sans discrimination aucune.
59.
La Déclaration et le Programme d’action de Durban, adoptés en 2001, réaffirment
les principes d’égalité et de non-discrimination et confèrent aux États, en tant que porteurs
de devoirs, la responsabilité principale de la lutte contre le racisme, la discrimination
43
GE.20-10966
Voir V. N. Gamble, « Under the shadow of Tuskegee: African Americans and health care »,
American Journal of Public Health, vol. 87, no 11 (1997), p. 1773.
15
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