A/HRC/45/44
essentiels. Les écoles et les structures d’accueil pour enfants étant fermées, Miguel a
accompagné sa mère, Mirtes, au travail. Pendant que Mirtes promenait le chien, son
employeur, contrarié, a abandonné Miguel dans un ascenseur. L’enfant, laissé sans
surveillance, a fait une chute mortelle lorsque l’ascenseur s’est arrêté au neuvième étage. La
mère de Miguel a dénoncé le racisme à l’origine du décès de son fils, dont l’innocence, la
vulnérabilité et le jeune âge n’ont pas été pris en considération. Au Brésil, de nombreux
employés de maison travaillent six jours par semaine, ce qui donne à penser que les
situations précaires sont plus courantes qu’on ne le croit et que des mesures d’atténuation
des risques doivent être prises dans le contexte de la pandémie.
25.
Les préjugés qui existent dans le milieu médical sont également une source de
préoccupation constante pour les personnes d’ascendance africaine. Les chercheurs ont
trouvé des exemples de disparités raciales et de préjugés raciaux partout où ils en ont
cherché. Dans de nombreux cas, le manque de mécanismes de contrôle propres à assurer
que le pouvoir discrétionnaire accordé aux médecins ne se traduit pas par des pratiques
racistes favorise l’influence des préjugés raciaux sur la prise de décisions. Ainsi, des
travaux de recherche ont montré que les médecins sous-diagnostiquent les maladies des
personnes d’ascendance africaine, font peu de cas des douleurs dont ils se plaignent, sousestiment leurs douleurs et leurs souffrances par rapport à celles d’autres personnes pour une
pathologie donnée, et leur prescrivent des quantités insuffisantes d’analgésiques, même
lorsqu’ils souffrent de maladies graves. Les décisions prises par les médecins, en particulier
lorsque ceux-ci sont stressés ou manquent de sommeil, sont manifestement empreintes de
préjugés sur les Noirs.
26.
Dans nombre de pays, les protocoles de tri élargissent de manière inadmissible le
pouvoir discrétionnaire qu’ont le personnel soignant, les sociétés pharmaceutiques et les
assureurs de donner la priorité aux patients « utiles à la société », d’imposer des limites sur
la base du statut socioéconomique ou de restreindre les soins de santé et l’accès aux
produits pharmaceutiques non liés à la pandémie. Des personnes atteintes d’un lupus se
sont vu refuser la délivrance de médicaments pour lesquels elles avaient une ordonnance,
car ceux-ci avaient été réquisitionnés dans le cadre de la lutte contre la COVID-19. Un
hôpital a déclaré à ses médecins que le temps, les données et les consultations étaient un
« luxe » dans la prise de décisions cruciales sur le tri des patients 22, sans tenir compte du
fait que le conditionnement social perpétuait le racisme institutionnel et que l’absence de
protocoles pouvait nuire à l’équité raciale dans la réponse à la crise de la COVID-19 en
amplifiant les préjugés fondés sur la race, en particulier à ses intersections avec le handicap,
la maladie chronique, le genre, l’orientation sexuelle, l’identité de genre et la pauvreté 23.
27.
Le traitement des personnes d’ascendance africaine comme une variable
d’ajustement n’est pas sans rappeler leur exploitation historique et donne à penser que les
décideurs minimisent leurs besoins et les risques auxquels la crise actuelle les expose.
Même dans les cas où les politiques sont a priori neutres du point de vue de la race, le fait
de laisser les personnes d’ascendance africaine courir des risques sans procéder à une
analyse axée sur la race peut favoriser la discrimination. La limitation des tests aux
personnes très gravement malades, l’exclusion des personnes sans papiers des plans d’aide
financière et la non-reconnaissance des risques supplémentaires que les procédures
d’arrestation et d’incarcération font peser sur la sûreté publique ont des répercussions
disproportionnées sur les personnes d’ascendance africaine dans beaucoup d’États. Des
travaux de recherche ont montré que les médecins avaient tendance à ne pas prendre au
sérieux les personnes d’ascendance africaine lorsque celles-ci affirmaient être malades, ce
qui ajoute encore aux risques auxquels fait face ce groupe de population.
22
23
8
Voir Shalini Ramachandran et Joe Palazzolo, « NYU Langone tells ER doctors to ‘think more
critically’ about who gets ventilators », New York Post, 31 mars 2020.
Voir Charles Camosy, « COVID-19 patient was black and paralyzed, so doctors decided his life
wasn’t worth saving », New York Post, 10 juillet 2020.
GE.20-10966
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