A/HRC/53/39
représentaient 49,7 % de la population mondiale en 20227, sont surreprésentées parmi les
personnes pauvres. Selon les projections mondiales, environ 388 millions de femmes et de
filles vivaient dans l’extrême pauvreté en 2022 (contre 372 millions d’hommes et de garçons)
et 83,7 % d’entre elles se trouvaient en Afrique subsaharienne (62,8 %) ou en Asie centrale
et du Sud (20,9 %)8. Les inégalités extrêmes se sont creusées et, depuis 2020, les 1 % les plus
riches de la population mondiale accaparent près des deux tiers de toutes les nouvelles
richesses, soit presque deux fois plus que les 99 % restant 9 . La pandémie de maladie à
coronavirus (COVID-19) et les crises mondiales dans les domaines de l’alimentation, de
l’énergie et des soins, qui sont elles-mêmes liées à d’autres crises, notamment aux conflits
armés, aux situations d’occupation et aux déplacements forcés, ont entraîné la première
augmentation des inégalités de revenus entre pays depuis une génération10, les femmes et les
filles étant particulièrement touchées dans de nombreux pays et régions11.
11.
Les inégalités de genre et la pauvreté des femmes et des filles sont le fruit des
décisions qui ont été et continuent d’être prises aux niveaux mondial, régional et national en
matière de politique économique. Ces décisions ne sont pas neutres du point de vue du genre,
car elles ont été prises dans le cadre d’institutions et de systèmes politiques, juridiques et
socioéconomiques patriarcaux qui, tout en ne tenant pas compte du vécu et des droits
particuliers des filles et des femmes, privilégient les formes dominantes de pouvoir − celui
des hommes et celui des grandes entreprises − qui perpétuent les hiérarchies existantes12.
La pauvreté et les inégalités sont des phénomènes structurels qui compromettent le
développement durable des personnes, des peuples et des nations et qui empêchent de
répondre efficacement à la menace existentielle que représentent les changements
climatiques et l’effondrement écologique, et de faire face à d’autres problèmes mondiaux,
notamment les urgences en matière de santé publique, les conflits armés, les récessions
économiques, les crises migratoire et alimentaire et la crise des soins.
12.
Le virage résolument néolibéral pris il y a quarante ans, qui imprègne les politiques
adoptées depuis par les institutions économiques internationales et les autorités nationales, a
manifestement accru la pauvreté et creusé les inégalités entre les nations et à l’intérieur de
celles-ci 13 . Sous-tendues par le patriarcat, l’esclavage, le racisme, le colonialisme, le
militarisme et la destruction de l’environnement, ces inégalités sont exacerbées par
l’orthodoxie macroéconomique, notamment par les mesures d’ajustement structurel et
d’austérité 14 destinées à compenser le poids écrasant des dettes nationales 15 , par la
libéralisation du commerce et des investissements mondiaux, la financiarisation des marchés
de capitaux16 et les régimes monétaires et fiscaux qui en découlent17, et par la privatisation et
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GE.23-06173
World Population Prospects 2022 : Summary of Results (publication des Nations Unies, 2022), p. 6.
Entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes, Programme des
Nations Unies pour le développement et Pardee Center for International Futures, « Poverty deepens
for women and girls, according to latest projections », 1er février 2023.
Oxfam International, La loi du plus riche : Pourquoi et comment taxer les plus riches pour lutter
contre les inégalités (2023).
Voir https://sdgs.un.org/fr/goals/goal10.
Voir A/HRC/38/46 ; https://data.unwomen.org/ ; Entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes et
l’autonomisation des femmes, « Global gendered impacts of the Ukraine crisis on energy access and
food security and nutrition » (2022) ; A/HRC/26/39 ; A/HRC/32/44 ; Groupe de travail sur la
discrimination à l’égard des femmes et des filles, « Responses to the COVID-19 pandemic must not
discount women and girls », 20 avril 2020 ; Plateforme des mécanismes d’experts indépendants sur
l’élimination de la discrimination et de la violence à l’égard des femmes, « COVID-19 and increase in
gender-based violence and discrimination against women », 14 juillet 2020.
Frances Raday, Economic Woman : Gendering Inequality in the Age of Capital (Routledge, 2019).
Jason Hickel, The Divide : A Brief Guide to Global Inequality and its Solutions (Londres, Penguin
Random House, 2018) ; voir aussi E/C.12/2001/10.
Oxfam International et Nawi-Afrifem Macroeconomics Collective, L’austérité : Aussi une question
de genre − Comment les choix de politique économique dominants constituent une forme de violence
basée sur le genre (2022).
Voir A/77/169.
Gender and Development Network, « Briefing: making trade work for gender equality » (juillet
2017), et Alicia Ely Yamin, When Misfortune Becomes Injustice: Evolving Human Rights Struggles
for Health and Social Equality (Stanford University Press, 2020).
Oxfam International, La loi du plus riche.
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