A/HRC/47/38
les femmes et les filles, et peut ainsi influencer l’élaboration de mesures préventives et de
politiques générales efficaces. Si l’on met uniquement l’accent sur un événement imprévu ou
une série d’événements pour définir une crise, les conséquences particulières que peut avoir
cette crise pour les femmes et les filles et ses causes profondes risquent de ne pas être
pleinement pris en compte.
12.
Les inégalités entre les sexes, qui font que les femmes sont désavantagées tout au long
de leur vie et sont vulnérables face à la violence fondée sur le genre, constituent aux yeux de
nombreuses femmes dans le monde une crise en soi, normalisée par des siècles d’institutions
et de cadres juridiques et politiques patriarcaux, coloniaux et racialisés, et aggravée par la
non-respect des protections juridiques et des engagements politiques. Nombre de crises
vécues par des femmes et des filles, comme les grossesses non planifiées et les violences
sexuelles, portent atteinte à leur dignité, restreignent leurs libertés et sont liées à leur sexualité
et à leur statut de procréatrice. Elles sont liées à la discrimination structurelle et favorisées
par l’oppression patriarcale, les stéréotypes sexistes omniprésents, la stigmatisation et les
tabous qui alimentent les inégalités entre les sexes. Ces crises ne sont pas officiellement
reconnues et continuent d’être ignorées, malgré leur nature systémique et leurs graves
conséquences pour les femmes et les filles.
13.
Pour les femmes et les filles, la fréquence des grossesses forcées et précoces dues à
des abus sexuels, l’absence d’une éducation sexuelle complète ou l’existence de pratiques
néfastes9, telles que le mariage d’enfants et la violence en bande organisée, s’apparentent à
des crises trop souvent oubliées. De nombreux problèmes de santé sexuelle et procréative ont
des aspects liés à la santé mentale, qui sont également sous-estimés et sont exacerbés dans
les situations de crise. L’empoisonnement de notre planète est une crise moins visible, qui a
des effets dévastateurs sur la santé sexuelle et procréative des femmes et des filles, à l’origine,
notamment, de cas d’infécondité, de fausses couches, de naissances prématurées, de cas de
menstruation et de ménopause précoces, de cancers du système reproductif et de la
diminution de la lactation10.
14.
Il faut que l’on change radicalement la façon de définir et de traiter les situations de
crise, en adoptant une approche qui tienne compte des questions de genre, qui soit
intersectionnelle et qui reconnaisse le traumatisme caché, mais profond, lié au non-respect
des droits des femmes et des filles en matière de santé sexuelle et procréative, ainsi que ses
effets tout au long de la vie et sur plusieurs générations. De nombreuses situations de crise
sont prédéterminées par des inégalités et des discriminations qui se sont accumulées et qui
peuvent être brusquement mises en évidence ou profondément exacerbées par un événement
particulier11. Comme l’a rappelé le Comité consultatif du Conseil des droits de l’homme,
certaines formes de violations des droits de l’homme constituent un signe précoce d’une crise
potentielle ou émergente12. Pendant la crise de la pandémie de COVID-19, des femmes ont
en effet fait observer que pour elles « la crise existait déjà »13.
15.
Aucun pays au monde n’a réussi à éliminer la discrimination à l’égard des femmes et
des filles ou à atteindre une parfaite égalité entre les sexes14. Les lois et les politiques qui
privent les femmes et les filles de leurs droits en matière de santé sexuelle et procréative sont
intrinsèquement discriminatoires. Les États ne peuvent pas être véritablement préparés à une
crise ou alors s’en remettre, si des inégalités et des problèmes structurels persistent et privent
les femmes et les filles de toute la gamme de services et de biens en matière de santé sexuelle
et procréative, sapent leur autonomie et laissent de côté les déterminants fondamentaux de la
santé.
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14
GE.21-05607
Voir la recommandation générale/l’observation générale conjointe no 31 du Comité pour l’élimination
de la discrimination à l’égard des femmes et no 18 du Comité des droits de l’enfant (2019).
E/C.19/2013/9, par. 21. Voir également Donatella Caserta et autres, « Environment and women’s
reproductive health », Human Reproduction Update, vol. 17, no 3.
Voir Jane McAdam, « The concept of crisis migration », Forced Migration Review vol. 45, no 10.
A/HRC/28/76, par. 42 et 43.
Points de vue exprimés lors des consultations régionales tenues par le Groupe de travail.
Voir A/HRC/38/46.
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