A/HRC/56/60
I. Introduction
1.
Les victimes de la traite en mer ou les personnes qui risquent d’en être victimes sont
souvent perçues comme des individus sans droit ou privés de leurs droits. Or les droits des
victimes de la traite et des personnes qui risquent d’en être victimes continuent de s’appliquer
en mer. Malgré les différends qui surviennent, la détermination de la compétence qui est
souvent contestée et le fait que la migration est de plus en plus souvent érigée en infraction,
le cadre normatif du droit international, tel qu’il s’applique à la protection en mer, fixe un
ensemble complet d’obligations incombant aux acteurs maritimes, notamment aux États, aux
acteurs non étatiques et aux entités internationales et régionales. L’obligation de prévenir la
traite des êtres humains et de repérer, d’aider et de protéger les victimes de la traite sans
discrimination continue de s’appliquer en mer. Le non-respect de cette obligation accroît les
risques de traite et d’autres violations graves du droit international.
2.
En raison des mesures souvent politisées et punitives qui sont adoptées face à la
migration en mer, notamment les restrictions imposées sur les voies de migration sûres et
régulières, la limitation de l’accès à l’asile, les opérations de renvoi susceptibles de constituer
un refoulement, les arrestations et placements en détention au moment du débarquement, et les
poursuites engagées contre les défenseurs des droits de l’homme qui participent à des opérations
de recherche et de sauvetage, les migrants sont forcés d’emprunter des itinéraires plus
dangereux et plus risqués. Pour être efficaces, les mesures visant à prévenir la traite des êtres
humains doivent permettre d’élargir les possibilités de migration sûres et régulières et assurer
des voies d’accès à la protection internationale, notamment un accès effectif à l’asile, au
regroupement familial fondé sur les droits et à la réinstallation. La prévention de la traite et la
protection des victimes sont des obligations essentielles des droits de l’homme auxquelles il ne
peut être dérogé ; elles sont consacrées par l’article 4 de la Déclaration universelle des droits de
l’homme et exigent un engagement permanent et une action concrète de la part des États. La
traite des êtres humains, par sa nature même, menace la dignité humaine et les libertés
fondamentales des personnes qui en sont victimes et « ne saurait passer pour compatible avec
une société démocratique »1. Il s’agit également d’un crime international.
3.
En adhérant au Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, les
États s’engagent à coopérer au niveau international pour « sauver des vies et prévenir les
risques de décès et de blessure des migrants en organisant des opérations de recherche et de
sauvetage individuelles ou conjointes, ainsi que la collecte et l’échange normalisés
d’informations pertinentes, et en assumant collectivement la responsabilité de la protection
de la vie de tous les migrants, conformément au droit international » (par. 24). Dans la
Déclaration du Forum d’examen des migrations internationales sur les progrès réalisés, les
États ont réaffirmé leur « responsabilité collective de préserver la vie de tous les migrants et
de prendre des mesures pour prévenir les pertes en vies humaines » et se sont dits
profondément préoccupés par « le fait que des milliers de migrants continuent de mourir ou
de disparaître chaque année en empruntant des itinéraires périlleux sur terre et en mer »
(par. 14). Bon nombre de ceux qui meurent ou qui disparaissent sont des victimes de la traite.
Bien que cette responsabilité collective ait été réaffirmée, selon les données recueillies par le
Projet sur les migrants disparus de l’Organisation internationale pour les migrations, au
moins 8 565 personnes sont mortes sur les itinéraires de migration dans le monde en 2023,
ce qui fait de 2023 l’année la plus meurtrière à ce jour. Le nombre de décès a augmenté de
20 % entre 2022 et 2023.
4.
La Rapporteuse spéciale appelle l’attention sur l’engagement multilatéral visant à
élaborer des mesures complètes face aux problèmes de protection que rencontrent les réfugiés
et les migrants dans le contexte des mouvements en mer, engagement qui a été présenté au
Forum mondial sur les réfugiés 2023 et qui vise à encourager les États et les autres parties
prenantes à garantir la protection des demandeurs d’asile, des réfugiés, des personnes
apatrides et des migrants en mer, en particulier, dans le contexte des mouvements migratoires
mixtes. Cet engagement s’inscrit dans le droit fil des recommandations formulées dans le
cadre d’autres initiatives en la matière, notamment l’engagement sur la traite des êtres
humains, également présenté au Forum mondial sur les réfugiés 2023.
1
2
Cour européenne des droits de l’homme, Rantsev c. Chypre et Russie, requête no 25965/04, arrêt du
7 janvier 2010, par. 282.
GE.24-06692