A/HRC/56/60
18.
La Rapporteuse spéciale renvoie à la résolution sur les migrants et réfugiés disparus
en Afrique et les conséquences sur leurs familles adoptée par la Commission africaine des
droits de l’homme et des peuples, résolution dans laquelle la Commission « [i]nvite l’Union
africaine (UA) [à] faire appel à l’Union européenne (UE) dans le cadre du partenariat UA-UE
pour que l’UE puisse revoir ses politiques et pratiques migratoires afin d’éviter leurs
conséquences néfastes pour les migrants africains, notamment les disparitions forcées et les
décès en Méditerranée »24. Malgré cela, il y a toujours des disparitions et des décès, et les
responsables demeurent impunis.
III. Partage des responsabilités et questions de compétence
19.
En raison des différends relatifs à la compétence et du fait qu’il est difficile de faire
accepter leur responsabilité aux acteurs impliqués, les risques et défaillances en matière de
prévention et de protection en mer augmentent. Il est indispensable de rappeler que les États
sont responsables du respect des droits humains de toutes les personnes qui relèvent de leur
compétence, à savoir celles qui se trouvent sur leur territoire, au niveau de leurs frontières et
dans les zones où ils exercent un pouvoir, une autorité ou un contrôle effectifs25, notamment
en mer et sur des navires26. Tout État exerçant un contrôle effectif sur un navire, notamment
dans le cadre d’opérations de recherche et de sauvetage, est responsable du respect des droits
humains des passagers, quel que soit leur statut migratoire 27 . À cet égard, les États ont
notamment l’obligation positive de repérer, d’aider et de protéger les victimes de la traite, de
prévenir la traite et de veiller à ce que les responsables de la traite en mer aient à répondre de
leurs actes. En cas de chevauchement des compétences de plusieurs États ou de compétence
transnationale en mer, par exemple en haute mer ou dans des zones de recherche et de
sauvetage, tous les États doivent remplir les obligations qui leur sont imposées par le droit
international des droits de l’homme, notamment les obligations relatives à la traite des êtres
humains28. Les États doivent assurer une coordination efficace et coopérer pour s’acquitter
de ces obligations de protection, notamment pour garantir que les personnes en détresse en
mer sont conduites en lieu sûr. Or, dans la pratique, les États cherchent souvent à se soustraire
aux obligations en matière de droits de l’homme envers les migrants en mer, notamment en
transférant les responsabilités à d’autres États et acteurs non étatiques. Il existe de
nombreuses informations sur des cas de navires transportant des migrants qui se sont trouvés
en détresse dans la mer Méditerranée et qui ont eu du mal à contacter l’Agence européenne
de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex) ou les autorités de recherche et de sauvetage
d’États européens29.
20.
Comme la Rapporteuse spéciale l’a déjà souligné au sujet de la compétence et du
champ d’application des obligations relatives à la traite, l’obligation positive qui incombe
aux États de repérer et de protéger les victimes de la traite ou les personnes qui risquent d’en
être victimes s’applique également en cas d’interception en mer et dans le cadre du devoir de
secourir les personnes en détresse en mer. La Rapporteuse spéciale rappelle la
recommandation du Comité des droits de l’homme tendant à réexaminer les politiques et
pratiques en matière d’interception en mer, notamment pour ce qui est des évaluations en
mer, afin que toutes les personnes relevant de la compétence de l’État partie qui ont besoin
d’une protection internationale aient accès à des procédures équitables et efficaces de
demande d’asile sur son territoire, y compris à une représentation juridique, si nécessaire, et
24
25
26
27
28
29
GE.24-06692
Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, résolution 486.
A/HRC/47/30, par. 38. Voir aussi A/HRC/53/28, par. 39.
Comité des disparitions forcées, observation générale n o 1 (2023), par. 31.
HCDH, Principes et directives recommandés sur les droits de l’homme aux frontières internationales
(Genève, 2014), principes 8 et 10 et directive 4. Voir aussi Convention des Nations Unies sur le droit
de la mer, art. 98 (par. 1).
A/HRC/47/30, par. 38.
HCDH, « Lethal Disregard: Search and rescue and the protection of migrants in the central
Mediterranean Sea », p. 9 à 12. Voir aussi Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne,
« June 2023 update – search and rescue operations in the Mediterranean and fundamental rights »,
11 octobre 2023.
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