A/HRC/50/25
qui empêchent et punissent la participation à la vie publique28. Ces propos correspondent bien
à l’expérience vécue par les filles et les jeunes femmes militantes, que l’on fait souvent passer
pour des destructrices des valeurs familiales et des traditions nationales. Perçues comme des
personnes défiant les normes de genre socioculturelles établies, les jeunes militantes peuvent
être exposées à des agressions, notamment à des menaces et des violences, ou à un manque
de reconnaissance et de soutien de la part de leur famille, de leurs communautés et de la
population en général, ainsi que des autorités.
30.
Les filles et les jeunes femmes se heurtent parfois à des obstacles qui réduisent leur
mobilité et leur accès aux informations et aux ressources, y compris les outils numériques ou
les ressources financières nécessaires pour couvrir les frais de transport liés à la participation
à des réunions ou les frais d’adhésion à une organisation ou une association. L’accès à
l’enseignement, notamment aux niveaux secondaire et universitaire, à la formation
professionnelle, à des ressources productives et à des débouchés économiques reste limité
pour de nombreuses filles et jeunes femmes du monde, en particulier celles qui vivent dans
des zones rurales ou dans la précarité. Les filles et les jeunes femmes ne sont souvent pas
suffisamment au courant de leurs droits ou n’en sont pas dûment informées, alors qu’il s’agit
d’un élément déterminant pour leur militantisme.
31.
Les mariages précoces et forcés, les grossesses forcées, non désirées ou précoces, les
mutilations génitales féminines, les violences sexuelles, notamment le viol, ainsi que l’accès
souvent restreint aux services, informations et produits relatifs à la santé sexuelle et
procréative, dont les produits d’hygiène menstruelle et de contraception ou encore les soins
liés à l’avortement, qui s’accompagnent d’un déni de l’autonomie des filles et des jeunes
femmes dans ces domaines, constituent également d’importants obstacles à l’exercice des
droits humains qui empêchent les filles et les jeunes femmes de s’engager sur la voie du
militantisme. Ces obstacles découlent de normes de genre profondément ancrées, qui visent
à limiter l’autonomie des filles et des jeunes femmes et à restreindre considérablement leurs
chances de participer pleinement et dans des conditions d’égalité à la vie politique et
publique.
2.
Marginalisation et exclusion des espaces publics et formes croisées de discrimination
32.
Les organisations et les mouvements de la société civile, dont celles et ceux qui
œuvrent pour la promotion des droits humains, sont généralement dirigés par des adultes qui,
de ce fait, ne sont souvent pas sensibles aux points de vue, aux expériences, aux besoins des
filles et des jeunes femmes et à la place qui leur revient dans la société. Les organisations de
défense des droits de l’enfant et des droits des femmes elles-mêmes ignorent souvent les
diverses situations et expériences des filles et des jeunes femmes et perpétuent ainsi la
discrimination au sein même du mouvement. Dans bien des cas, les organisations dirigées
par des filles ne font pas partie du mouvement général de défense des droits des femmes ou
n’y sont pas rattachées, et ne sont donc pas reconnues, financées ou appuyées de la même
manière que les autres organisations. Dans certains cas, les priorités des partenaires et des
donateurs internationaux dictent l’orientation que doit prendre le militantisme des jeunes
femmes et des filles, plutôt que de donner à ces dernières les moyens, les structures et la
capacité nécessaires pour fixer les objectifs à atteindre, diriger le processus décisionnel et
établir leurs propres priorités.
33.
L’accès aux mécanismes internationaux relatifs aux droits de l’homme n’est pas aisé
pour les filles et les jeunes femmes militantes. Les filles manquent généralement
d’informations sur les mécanismes et les organes de l’ONU, leurs fonctions et les
prescriptions liées à l’âge pour ce qui est de l’accréditation à l’intérieur du système, en raison
de l’absence d’informations adaptées aux enfants et à l’âge au sein de l’ONU. Il arrive parfois
aussi qu’elles ne puissent pas participer à des forums internationaux, faute d’avoir obtenu un
visa. Des approches paternalistes et le manque de personnel qualifié, ainsi que l’absence de
mécanismes et de procédures spécialement chargés de dialoguer avec les enfants, servent
souvent à justifier l’exclusion des enfants, notamment des filles, des débats et des activités
menés par des organismes intergouvernementaux, dont l’ONU, et organisés aux niveaux
national, régional et mondial. À l’ONU, le militantisme des filles et des jeunes femmes est
28
10
A/75/184, par. 40.
GE.22-06906
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