A/HRC/50/25
souvent réservé à une certaine élite, et, dans la pratique, les filles et les jeunes femmes les
plus marginalisées, en particulier celles qui vivent dans des communautés défavorisées ou
reculées, n’ont pas accès aux espaces de dialogue de l’Organisation. En outre, les filles et les
jeunes femmes ne figurent pas réellement parmi les personnes associées à la recherche et à
l’élaboration de solutions. On ne leur donne pas les moyens de définir l’action à mener, leurs
contributions ne sont souvent pas dûment prises en compte et aucun véritable engagement
n’est pris à la suite des réunions. Elles sont généralement cantonnées aux débats portant sur
des « problèmes de filles », plutôt que d’être associées à d’autres processus importants, tels
que la paix et la sécurité, les objectifs de développement durable et le relèvement après la
COVID-19. D’une manière générale, de nouvelles capacités et un cadre précis seraient
nécessaires pour faciliter la participation et la protection des enfants et des jeunes et permettre
aux filles et aux jeunes femmes de militer de manière sûre, autonomisante et efficace.
Certaines filles et jeunes femmes ont déclaré être restées sans protection, exposées aux
représailles et aux intimidations de leurs autorités nationales et d’acteurs non étatiques, en
raison de leur collaboration avec l’ONU, notamment avec des mécanismes relatifs aux droits
humains, sans qu’aucune aide concrète ne leur soit offerte par l’ONU.
34.
Certains groupes de filles et de jeunes femmes peuvent être marginalisés encore
davantage dans les espaces publics, en raison de formes multiples et croisées de
discrimination. Les filles et les jeunes femmes appartenant à des groupes défavorisés, par
exemple les jeunes qui sont issues d’un milieu pauvre ou rural ou qui appartiennent à la
communauté rom ou à un peuple autochtone, ainsi que les migrantes et les personnes en
situation de rue, ne sont toujours pas suffisamment entendues. Il ressort des témoignages
reçus de filles et de jeunes femmes handicapées que celles-ci sont souvent exclues des
initiatives, réseaux et mouvements importants en raison de l’absence de services adaptés à
leurs besoins, notamment l’utilisation de la langue des signes. La méconnaissance des outils
numériques et le coût trop élevé des solutions et dispositifs techniques, tels que les logiciels
de lecture d’écran, les logiciels vocaux, les machines à écrire en braille ou les
vidéo-agrandisseurs, constituent un défi supplémentaire. En outre, certains mouvements
féministes ne prennent pas en compte la question du handicap, tout comme certains
mouvements de défense des droits des personnes handicapées ne tiennent pas compte de la
perspective féministe. Il s’ensuit que des problèmes particuliers, situés à l’intersection du
handicap et du genre, qui touchent certaines filles et jeunes femmes, sont négligés.
35.
Si l’absence de langage adapté aux filles et aux jeunes femmes est un problème en
général, les barrières linguistiques viennent entraver encore davantage le militantisme des
filles et des jeunes femmes, en particulier celles qui appartiennent à des peuples autochtones
et à des minorités, en les privant également de la possibilité de créer des réseaux et de
coopérer avec d’autres organisations et mouvements. Certains témoignages ont aussi révélé
que les distinctions opérées sur la base de critères ethniques, notamment liés à l’appartenance
tribale, pouvaient rendre difficile le travail des militantes considérées comme « étrangères »
et donc comme n’étant pas en droit de débattre de certaines questions au niveau local ou
national.
3.
Harcèlement et violence en ligne et hors ligne
36.
Le manque de sûreté et de sécurité est un obstacle majeur au militantisme des filles et
des jeunes femmes. Les cas fréquents d’agressions, de harcèlement et de violence dans la rue
et dans les transports publics, notamment sous forme de propos sexuels non sollicités, de
comportements sexuels déplacés, de menaces de viol et de harcèlement obsessionnel, ont un
effet dissuasif sur les filles et les jeunes femmes et limitent leurs activités et leurs
déplacements à l’extérieur de leur domicile, ce qui les empêche d’avoir accès aux espaces de
militantisme et de les utiliser. Ces risques augmentent pendant les contestations, les
manifestations, les conflits, les catastrophes et dans d’autres situations de crise29. Des cas de
violence et de harcèlement sexuels généralisés sont signalés au sein de mouvements et
d’organisations politiques.
37.
Certaines filles et jeunes femmes ont dit avoir fait l’objet de menaces et de violences,
notamment de brimades, qui étaient souvent aussi dirigées contre leur famille et leurs amis
29
GE.22-06906
Voir A/75/184.
11
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