A/HRC/50/25
26.
Souvent exclues des processus décisionnels officiels, les filles et les jeunes femmes
militantes ont tendance à se tourner vers d’autres moyens de participer à la vie publique
− initiatives décentralisées, outils numériques, émissions-débats radiodiffusées,
manifestations publiques, protestations informelles, campagnes innovantes et moyens
d’expression artistique. On peut mentionner à cet égard le spectacle « La culpa no era mía »
(Ce n’était pas ma faute), qui a été monté par un groupe de jeunes féministes en vue de
dénoncer les violences sexuelles et qui a inspiré de nombreuses autres initiatives similaires
dans le monde entier. Les jeunes militantes ont parfois recours à des stratégies de
sensibilisation qu’elles appliquent elles-mêmes, notamment auprès de parlementaires, et
s’investissent dans la recherche et la collecte de fonds afin de réunir des preuves et d’engager
une réflexion publique sur certains sujets. Elles utilisent de plus en plus souvent les espaces
en ligne ; les médias sociaux servant à organiser, mobiliser, créer des réseaux, mener des
campagnes et défendre une cause. Ainsi, comme l’a affirmé une des filles concernées : « nous
avons ouvert nous-mêmes des espaces, sans attendre que d’autres nous donnent les moyens
de le faire ».
D.
Difficultés et obstacles
1.
Discrimination structurelle fondée sur le genre et l’âge
27.
Les filles et les jeunes femmes se heurtent à des difficultés particulières qui se
traduisent par différents types d’obstacles, dont certains découlent de la discrimination
structurelle fondée sur le genre et l’âge, laquelle repose sur des normes sociales
discriminatoires et des stéréotypes préjudiciables. Le Groupe de travail a déjà mis en
évidence la persistance à l’échelle mondiale d’une construction culturelle discriminatoire de
l’identité de genre, souvent fondée sur des interprétations religieuses, et le fait que les États
et d’autres parties prenantes continuaient de justifier par des motifs culturels l’adoption de
lois et de pratiques discriminatoires. Il a souligné en particulier que le fait de ne pas éliminer
la discrimination au sein de la famille compromettait toute tentative d’instaurer l’égalité des
sexes dans tous les secteurs de la société26.
28.
De manière générale, les enfants et les jeunes font face à des attitudes centrées sur les
adultes et paternalistes. Souvent considérés comme des personnes incapables de prendre des
décisions concernant leur vie en raison d’un manque de maturité ou d’expérience, ou comme
des « fauteurs de troubles », qui ne sont pas en mesure de contribuer de manière constructive
aux débats publics, ils sont traités avec hostilité27. Comme l’expliquent des militantes : « nos
sociétés ne prennent pas au sérieux nos propos sur l’égalité des sexes » ou « elles considèrent
que nous ne savons pas ce que nous voulons, or nous le savons bien, et ce sont elles qui ne
nous croient pas ». Les filles sont confrontées à des défis supplémentaires ; elles sont souvent
dissuadées d’exprimer leur opinion et d’avoir des activités en dehors de la sphère familiale.
De nombreuses filles militantes ont souligné que leurs chances d’accéder au militantisme
étaient considérablement réduites si, dès leur plus jeune âge, on leur disait que leur place était
à la maison ou si leurs parents accordaient la priorité à l’éducation des garçons. De plus, elles
avaient souvent très peu de temps à consacrer aux activités militantes, étant donné le volume
disproportionné des tâches ménagères et des activités de soins qu’elles devaient assumer.
29.
L’autorité parentale et des approches excessivement protectrices servent souvent à
restreindre la liberté et l’espace de participation des enfants et des jeunes. Dans le cas des
filles et des jeunes femmes, ces obstacles sont considérablement renforcés par des stéréotypes
liés au genre et des normes sociales patriarcales prédominants. Comme l’a expliqué l’une des
militantes, les filles ne participent pas à la prise de décisions, même dans des domaines
comme la déscolarisation et le mariage, qui ont des incidences considérables sur leur vie.
Comme l’a fait remarquer le Rapporteur spécial sur les droits à la liberté de réunion pacifique
et à la liberté d’association, les obstacles majeurs à l’exercice par les femmes et les filles de
leur droit à la liberté de réunion pacifique et d’association sont profondément ancrés au sein
du foyer, de la famille et de la communauté, dans lesquels les femmes et les filles continuent
de vivre sous un contrôle patriarcal et de subir des stéréotypes préjudiciables, deux facteurs
26
27
GE.22-06906
Voir A/HRC/29/40 et A/HRC/38/46.
Voir Comité des droits de l’enfant, observation générale no 20 (2016), A/HRC/19/55 et A/76/222.
9
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