A/HRC/42/59
l’Église − souvent pour découvrir des pratiques religieuses ancestrales − alors que de
nombreux jeunes dirigeants de l’Église continuaient de lutter pour la justice raciale, souvent
avec moins de visibilité. Elle a également reconnu que l’Église ne pouvait pas s’affranchir
de son passé et avait accumulé beaucoup de richesses du fait de l’esclavage.
42.
La cinquième réunion-débat a porté sur la cartographie des personnes d’ascendance
africaine en Asie et dans d’autres régions du monde. Le premier intervenant, M. Sunga, a
traité des difficultés dues au manque de données en Asie. Il a demandé instamment aux
États d’Asie de redoubler d’efforts en ce qui concerne la collecte de données sur les
personnes d’ascendance africaine. Il a rejeté l’argument selon lequel il n’y aurait pas de
personnes d’ascendance africaine en Asie. Or, aucun pays d’Asie n’avait encore invité le
Groupe de travail à effectuer une visite sur son territoire ni répondu à une demande
d’information du Groupe de travail. Seule la collecte de données permettrait au Groupe de
travail de se faire une idée plus précise de tous les problèmes que rencontraient les
personnes d’ascendance africaine en Asie, et donc de proposer des solutions appropriées.
43.
Shihan de Silva Jayasuriya, chargée de recherche principale à l’Institute of
Commonwealth Studies, s’est penchée sur l’histoire des personnes d’ascendance africaine
en Asie du Sud, région dans laquelle près de 12,5 millions de personnes d’ascendance
africaine étaient entrées sur une période de mille cent ans. L’histoire de ces personnes en
Asie pouvait même remonter encore plus loin puisque, selon des estimations, les SudAsiatiques et les personnes d’ascendance africaine auraient entretenu des contacts depuis
environ deux mille ans. Les personnes d’ascendance africaine avaient migré vers l’Asie du
fait de deux phénomènes : l’esclavage et la libre circulation des personnes. Elles s’étaient
retrouvées à tous les niveaux de l’échelle sociale des sociétés sud-asiatiques : depuis l’état
d’esclave jusqu’à la position de dignitaire de haut rang ou de monarque d’un royaume
souverain. Les mariages avaient certes réduit le nombre total de personnes d’ascendance
africaine visiblement identifiables en Asie du Sud, mais un grand nombre de ces personnes
avaient encore besoin de voir leurs capacités renforcées et de devenir visibles pour la
société grâce à des changements d’orientation au niveau des pouvoirs publics.
44.
Au cours du débat, Mme Jayasuriya a affirmé qu’il fallait éduquer la population, par
l’école et par des films, pour accroître la visibilité des personnes d’ascendance africaine
dans la région asiatique. M. Murillo Martínez a dit que l’art et la culture étaient également
des instruments qui permettaient aux personnes d’ascendance africaine d’exprimer leur
identité culturelle. M. Sunga a ajouté que l’on avait besoin de plus de données provenant de
pays asiatiques aux fins de la cartographie et a dit souhaiter que l’appel lancé par le Groupe
de travail soit encore élargi. Interrogé sur le statut des personnes d’ascendance africaine
dans la région du Pacifique (Mélanésiens), M. Sunga a dit que leur situation était
comparable à celle des Papous de Papouasie occidentale et que, selon lui, ils relèveraient du
mandat du Groupe de travail tant qu’ils s’identifieraient eux-mêmes comme des personnes
d’ascendance africaine. À une question posée par un représentant de la société civile au
sujet de la population de l’île de North Sentinel dans les îles Andaman, M. Reid a répondu
que le Groupe de travail avait été informé de la présence du peuple Jarawa en Inde.
45.
La sixième et dernière réunion-débat a porté sur les données et la justice raciale.
Geoff Palmer, professeur émérite à la Faculté des sciences biologiques de l’Université
Heriot-Watt d’Édimbourg (Écosse) et militant des droits de l’homme, a axé son exposé sur
l’esclavage et la justice réparatrice du point de vue de l’Écosse et de l’Université de
Glasgow. Il a retracé l’histoire mouvementée de cette université, entachée par l’esclavage
en Jamaïque, et expliqué le rôle joué par l’Écosse. L’Université de Glasgow aurait été
financée par des dons et d’autres formes d’aide de propriétaires d’esclaves, pour un
montant total équivalant à 200 millions de livres d’aujourd’hui. Afin d’expier le rôle qu’elle
avait joué dans l’esclavage, l’Université augmentait aujourd’hui le nombre d’admissions de
personnes d’ascendance africaine et de membres d’autres minorités et leur accordait des
bourses d’études, entre autres initiatives. M. Palmer a relevé que l’intérêt pour la recherche
sur le rôle de l’Écosse dans l’esclavage ne venait pas de la communauté universitaire ;
c’était le peuple écossais qui s’était montré très intéressé par cette histoire. Il était
impossible de changer les crimes du passé, mais la justice réparatrice pouvait contribuer à
la création d’un avenir meilleur.
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GE.19-13932