A/HRC/42/59
46.
Dans son exposé, M. Gumedze a souligné combien il importait de comprendre les
diverses formes d’intersectionnalité de la discrimination dont étaient victimes les personnes
d’ascendance africaine. Les trois piliers de la Décennie internationale des personnes
d’ascendance africaine − considération, justice et développement − étaient des outils
importants pour améliorer la vie des personnes d’ascendance africaine. La justice raciale
pouvait certes renvoyer à des réalités différentes selon les personnes, mais elle inclurait
toujours la pleine jouissance de tous les droits de l’homme et de toutes les libertés par
chacun, sans distinction d’aucune sorte. M. Gumedze a souligné l’importance de la collecte
de données sur l’injustice raciale et a engagé les États à collecter, compiler, analyser,
diffuser et publier des statistiques fiables aux niveaux national et local.
47.
Mme Shepherd a insisté sur l’importance des données pour la justice raciale. Les
données des archives et bibliothèques nationales du monde entier avaient permis de faire la
lumière sur ce qu’avait vraiment été la traite transatlantique des esclaves africains. Près de
50 % des personnes d’ascendance africaine réduites en esclavage avaient péri en traversant
l’Atlantique. L’esclavage était le résultat du racisme ; le racisme n’était pas un produit de
l’esclavage. Parlant des deux guerres pour la libération et la justice menées en Jamaïque au
XIXe siècle, Mme Shepherd a évoqué les représailles et les punitions imposées aux personnes
d’ascendance africaine qui avaient pris part à cette lutte. À son avis, il était important de
préserver les lieux de mémoire grâce à la commémoration. Elle a souligné les efforts que
certains États déployaient dans ce domaine et a encouragé les autres à faire de même.
48.
Mme Milner a insisté sur la nécessité de cesser la collecte de mégadonnées, qui avait
pour effet de perpétuer la discrimination raciale sous le couvert d’algorithmes censés être
neutres. L’évaluation par les banques de la solvabilité des personnes d’ascendance africaine
dans le contexte de l’accession à la propriété, de l’emploi et de l’accès à l’éducation
fournissait un exemple des conséquences préjudiciables de l’utilisation d’algorithmes
discriminatoires quant à la race dans la collecte de mégadonnées. La collecte de données
servait sans relâche le racisme, qu’elle perpétuait et légitimait en même temps que les
pratiques discriminatoires. Pour régler ce problème, on pouvait envisager de créer un fonds
de données public dans lequel les géants de la technologie partageraient leurs données, que
les chercheurs en sciences sociales et les analystes de données seraient autorisés à passer au
crible pour le bien des personnes d’origine africaine. En outre, il était nécessaire d’identifier
clairement les parties responsables lorsque l’on utilisait des algorithmes susceptibles de
violer les droits des personnes.
49.
Au cours du débat, M. Sunga a interrogé M. Palmer sur les obstacles qu’il avait
rencontrés concernant les réparations et sur la façon dont il les avait surmontés. M. Palmer
a dit qu’il s’était adressé directement au public et aux institutions. L’intérêt de la presse
avait également été très important. Il s’était adressé au public avec franchise et avait fait des
recherches pour découvrir la vérité. L’histoire devait être au programme scolaire, et il fallait
pouvoir l’étudier. Le représentant de la Jamaïque a demandé à M. Gumedze des
informations sur le projet de directives opérationnelles sur l’inclusion des personnes
d’ascendance africaine dans le Programme 2030 que le Groupe de travail était en train
d’élaborer, et lui a demandé dans quelle mesure ces directives pourraient améliorer la façon
dont les États Membres utilisaient les données pour lutter contre la discrimination raciale.
M. Gumedze a répondu qu’il était essentiel de dénombrer les personnes d’ascendance
africaine, afin d’éclairer l’élaboration des politiques de lutte contre la discrimination
raciale. Répondant à une question de M. Reid sur les difficultés rencontrées s’agissant du
mouvement en faveur de réparations, Mme Shepherd a fait observer que ce mouvement
connaissait un certain essor dans différentes régions du monde. Les stratégies d’éducation
et de sensibilisation des jeunes, y compris l’enseignement de l’histoire à l’école, étaient des
outils importants à ce sujet. En réponse à une question d’un représentant de la société civile
sur les mesures qui permettraient d’améliorer la connaissance de l’histoire, Mme Shepherd a
dit que l’on pouvait mieux faire connaître l’histoire des personnes d’ascendance africaine
en incluant ce sujet dans les programmes d’enseignement secondaire, en y consacrant des
émissions de radio et de télévision et en organisant des journées commémoratives. Cette
histoire faisait l’objet d’une promotion active dans la région des Caraïbes.
GE.19-13932
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