A/HRC/41/33
des lieux d’enfermement dont elles ne peuvent pas sortir pour se procurer des ressources ou
obtenir des services. Les stéréotypes réducteurs à l’égard des femmes ont aussi une
incidence sur les mesures qui sont prises en matière migratoire. En effet, dans les pays qui
cherchent à enrayer les flux migratoires, les autorités ont tendance à penser que parce que
les femmes sont perçues comme faibles et comme ayant besoin de protection, le fait de
placer des migrantes en détention choquera davantage l’opinion et aura donc un effet plus
dissuasif.
47.
Il arrive aussi que l’on ait recours à des programmes d’aide ou de traitement
obligatoires pour priver des femmes de liberté. D’après des études réalisées sur le sujet,
dans certains pays, des femmes sont enfermées dans des établissements pénitentiaires au
motif qu’elles ont besoin d’être traitées contre une addiction, un traumatisme et/ou des
« troubles », sans réelle preuve qu’elles présentent de telles pathologies. Il arrive qu’elles
soient détenues dans des prisons, mais en général, il s’agit plutôt de centres de rééducation
locaux. Ces pratiques reposent sur l’idée que certaines femmes, en particulier celles de
certains groupes raciaux ou celles qui vivent dans la pauvreté, présentent des dépendances,
des « troubles » ou une « déviance sexuelle », ou que ce sont de « mauvaises mères ». Avec
de telles méthodes, le nombre de femmes en détention risque d’augmenter, les peines
d’emprisonnement de s’allonger et les conditions de détention de se durcir.
48.
Enfin, à tout âge, le veuvage peut avoir des conséquences extrêmement différentes
selon qu’on est un homme ou une femme, certains rites, tels que l’enfermement,
l’isolement, la dégradation ou l’exhérédation ayant été institués au détriment des femmes.
L’enfermement qui est censé accompagner la période du deuil pour permettre aux veuves
de pleurer leur mari disparu et les protéger de pratiques potentiellement violentes, inspiré
de croyances selon lesquelles la présence d’une veuve porterait malheur, peut se traduire
par l’interdiction pure et simple de quitter le domicile et de prendre part à des activités
lucratives ou de se montrer en public, et peut aller jusqu’à empêcher ces femmes
d’accomplir certaines tâches importantes pour la vie de la famille. Ces restrictions peuvent
aller encore plus loin, jusqu’à l’exil ou à l’enfermement dans des endroits reculés (voir
par. 28 supra). Outre qu’elles cumulent leur condition de femme et celle de veuve, les
veuves sans enfants ou sans parent masculin à même de faire contrepoids face à la famille
élargie sont d’autant plus exposées aux persécutions et à l’enfermement.
C.
Non-liberté économique des femmes
49.
La féminisation de la pauvreté est largement établie et reconnue. Partout dans le
monde, les femmes sont plus exposées à la pauvreté que les hommes et elles gagnent en
moyenne 23 % de moins qu’eux, ce qui, à l’échelle d’une vie, représente une différence
considérable en matière de revenus et de prestations sociales29. Le Groupe de travail a mis
en lumière les stéréotypes concernant le rôle des femmes dans la société, qui influent d’une
manière non négligeable sur leur présence sur le marché du travail (A/HRC/35/29/Add.1,
par. 69). Près de 80 pays continuent à limiter le type d’emplois que les femmes peuvent
occuper, et dans 18 pays, le mari peut légalement interdire à sa femme de travailler. Il
s’ensuit que les femmes sont plus exposées au chômage que les hommes et, qu’aujourd’hui,
la moitié d’entre elles seulement sont présentes sur le marché de l’emploi, contre 75 % chez
les hommes (voir A/HRC/38/46). De plus, les inégalités concernant la répartition du
patrimoine familial sont défavorables aux femmes. Dans un certain nombre de pays, en
effet, les femmes et les filles continuent à avoir des droits différents ou limités à la propriété
et à l’héritage et en tout état de cause à ne pas jouir des mêmes droits que les hommes et les
garçons, si bien qu’un grand nombre de femmes sont pauvres alors qu’elles vivent dans un
ménage qui ne l’est pas.
50.
Si l’on considère la pauvreté non pas uniquement comme une question de revenus
ou de patrimoine, mais aussi comme une question de choix, de possibilités et de ressources
29
GE.19-07966
Voir ONU-Femmes, Traduire les promesses en actions : l’égalité des sexes dans le programme de
développement durable à l’horizon 2030 (2018), ce rapport peut être consulté à l’adresse suivante :
http://www.unwomen.org/fr/digital-library/sdg-report.
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