A/HRC/41/33 familles à donner leur aval à des mariages d’enfants ou des mariages précoces, ou encore à des mariages forcés, lorsque les filles sont perçues comme une charge dont il convient de « se débarrasser » auprès d’une autre famille. Cette façon de voir les choses, associée au fait qu’il n’y a pas suffisamment de services d’aide au niveau local, peut aussi amener les familles à décider de placer les femmes et les filles handicapées dans des institutions. Enfin, on a constaté une tendance inquiétante au recours à la « détention médicale » lorsque les femmes ne sont pas en mesure de régler les frais hospitaliers, le plus souvent après un accouchement, une pratique qui fait désormais partie des politiques et usages des hôpitaux dans certains pays, comme cela a été observé dans plusieurs pays d’Afrique et d’Asie, parmi lesquels le Cameroun, l’Inde, l’Indonésie et la République démocratique du Congo 33. 55. Enfin, les femmes âgées sans ressources et sans moyens de subsistance sont souvent négligées par leur famille et se retrouvent involontairement isolées chez elles ou dans un établissement de soins. On sait que certains de ces établissements négligent leurs pensionnaires et les maltraitent, notamment qu’ils les empêchent de se déplacer librement, leur refusent les contacts avec le monde extérieur et ne satisfont pas leurs besoins essentiels, rationnant la nourriture et limitant l’accès aux services de santé et aux activités récréatives. 2. Manque de perspectives et choix limités 56. Pour les femmes, la pauvreté n’est pas seulement due à un manque de moyens matériels et de services sociaux ; elle est due aussi et surtout au manque de choix de vie qu’elles peuvent faire. Les femmes ont moins facilement accès que les hommes à un travail décent, et les secteurs dans lesquelles elles peuvent travailler sont parfois limités, tout comme le niveau hiérarchique qu’elles sont susceptibles d’y atteindre, alors même qu’elles sont responsables d’une part disproportionnée des soins à la famille et des travaux domestiques non rémunérés. En ce qui concerne l’égalité des chances, le fossé entre hommes et femmes se creuse tôt, à cause de la discrimination au sein de la famille et dans le domaine de l’éducation qui découle des différents stéréotypes ou les incarne. Ce fossé contribue par la suite à restreindre les possibilités qu’elles auront d’exercer leurs compétences, de poursuivre les carrières qui s’offrent à elles et de concrétiser leurs choix de vie. 57. Les contraintes qui pèsent sur les choix et les perspectives des femmes sont le produit des inégalités structurelles et des politiques et institutions discriminatoires qui ne parviennent pas à remédier de manière satisfaisante aux injustices engendrées par des facteurs macroéconomiques et politiques mondialisés, dont la privatisation des biens publics et le recul de l’État-providence. Ces facteurs renforcent les normes culturelles et sociales discriminatoires endogènes qui sont aussi à l’origine de systèmes d’oppression différents touchant des groupes de femmes différents, et sont eux-mêmes perpétués par ces normes. 58. La discrimination, les stéréotypes, le travail domestique non rémunéré et le manque d’éducation restreignent les emplois que les femmes peuvent obtenir, et poussent celles-ci vers les emplois peu qualifiés et le secteur informel, dans lequel les conditions de travail relèvent de l’exploitation. La très grande majorité des femmes qui travaillent sont employées dans le secteur informel et ne bénéficient ni de droits ni d’une protection sociale de base. L’emploi peut donc, dans certaines circonstances, constituer une forme de privation de liberté pour les femmes. Cela est susceptible d’arriver lorsque des femmes qui travaillent dans l’industrie ou l’agriculture sont logées dans des conditions qui restreignent leur liberté ou sont soumises au travail forcé ou à la servitude pour dettes (voir A/73/139 et Corr.1). De la même manière, il existe des ateliers de production à domicile qui fournissent les chaînes d’approvisionnement mondiales et dont l’« employeur », qui est en fait le mari ou un autre parent masculin, exige un certain volume de travail dans des conditions d’exploitation qui s’apparentent à une privation de liberté. Ces conditions de travail sont aussi très préoccupantes pour les travailleurs domestiques, dont la majorité sont des femmes qui peuvent se trouver dans l’impossibilité de quitter leur lieu de travail. 33 GE.19-07966 Voir Robert Yates, Tom Brookes et Eloise Whitaker, “Hospital detentions for non-payment of fees. A denial of rights and dignity”, Royal Institute of International Affairs (2017). 15

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