A/HRC/41/33 59. Les migrantes courent des risques particuliers, car elles sont largement poussées vers des emplois non qualifiés, dévalorisés et mal rémunérés dans des lieux qui échappent à la réglementation, tels les domiciles privés. Parfois, les travailleuses domestiques migrantes n’ont pas de réseaux et de services de soutien et elles se voient confisquer leur passeport par leur employeur. Les lois relatives à l’immigration qui imposent de travailler pour un employeur déterminé, par exemple les lois à l’origine du système de kafala dans certains pays du Moyen-Orient, ont entraîné des abus et donné lieu à des sanctions pénales 34 . Les possibilités de migration régulière étant limitées pour les femmes, le fait d’être sans papiers devient un facteur de privation de liberté pour les migrantes. Liées aux stéréotypes selon lesquels les femmes ont besoin d’être protégées, les restrictions qui visent à empêcher les femmes de migrer légalement, au motif qu’elles pourraient être victimes de traite ou de prostitution forcée, les incitent à chercher d’autres circuits de migration − illégaux, ceuxlà − qui les rendent plus vulnérables au travail forcé, à la servitude pour dettes, à l’enfermement et à d’autres violations des droits de l’homme. 60. Le manque de choix et de perspectives pousse les femmes vers la traite, les formes contemporaines d’esclavage et l’exploitation de la gestation pour autrui, autant de situations qui peuvent aboutir à diverses formes d’enfermement, d’exploitation et de violence. Dans certains pays, des femmes sont détenues dans des camps aussi appelés « usines à bébés » pour faire office de mères porteuses ou être fécondées de force, tandis que dans beaucoup de pays, des migrantes font l’objet d’un trafic illicite et sont obligées de travailler dans des maisons de passe dont elles ne sont pas autorisées à partir. 61. Le manque de débouchés professionnels et de protection sociale peut inciter les femmes à commettre des infractions et éventuellement les conduire en prison. Plusieurs parties prenantes ont affirmé que le manque d’emplois décents était l’une des principales raisons pour lesquelles les femmes s’engageaient dans le trafic de drogue, certaines formes de prostitution/travail du sexe ou dans d’autres entreprises illégales, et se trouvaient en conflit avec la justice pénale. Les femmes emprisonnées pour avoir participé à des activités économiques illégales considèrent que ces activités étaient pour elles le seul moyen de subvenir aux besoins de leur famille, compte tenu de leurs difficultés financières et de leurs responsabilités familiales. Dans plusieurs États, faute de débouchés du fait de la discrimination, un nombre disproportionné de femmes transgenres vivent de la prostitution et du commerce du sexe et, de ce fait, sont poursuivies par la justice ou autrement restreintes dans leur liberté. 62. Le racisme systémique profondément ancré conduit à l’exclusion socioéconomique et à la pauvreté des femmes appartenant à des minorités raciales (voir A/HRC/35/10) ; ces femmes ont davantage de risques d’être emprisonnées, notamment en raison de leur implication accrue dans des réseaux de trafic de drogue, surtout aux échelons les plus bas. De la même manière, la situation héritée de la colonisation et de la marginalisation systémique, dont résultent les niveaux élevés de pauvreté, de terribles difficultés sociales et financières et des écarts considérables entre les femmes autochtones et les autres en ce qui concerne l’égalité des chances et les conditions de vie, est à l’origine de problèmes d’alcoolisme et de toxicomanie et accroît encore le nombre déjà disproportionné de femmes autochtones emprisonnées. La surexposition des femmes autochtones ou issues de minorités raciales à la justice reste un problème non négligeable. 63. Du fait de leur subordination économique, les femmes peuvent être associées aux infractions pénales commises par des membres de leur famille, en particulier leur conjoint ou leur époux, ou en être tenues responsables (voir A/68/340). Ainsi, de nombreuses femmes ont été emprisonnées parce qu’elles avaient à leur domicile des armes dangereuses, de la drogue ou d’autres articles illicites, alors même que les biens en question appartenaient en réalité à leur partenaire. Toutefois, en raison de leur rôle subalterne dans le foyer, elles ne peuvent pas empêcher leur partenaire d’apporter ou de garder ces biens au domicile familial. Elles se retrouvent donc en prison, parfois avec une peine plus lourde qu’il n’est justifié. 34 16 Voir, par exemple, A/HRC/26/35/Add.1, A/HRC/35/29/Add.2 et A/HRC/39/52. GE.19-07966

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