A/HRC/53/38
classent l’affaire au motif qu’aucune infraction n’a été commise ou parce qu’ils n’ont pas
recueilli assez de preuves. Par ailleurs, les procès sont souvent entachés par l’acceptation de
preuves obtenues par la torture, ce qui fait que les victimes se voient inculpées d’infractions
fabriquées de toutes pièces et que les agents de l’État sont exonérés de toute responsabilité
dans les violations présumées. Les procès ne sont pas transparents et sont même parfois
totalement fermés au public et aux familles des victimes ; des preuves à charge contre des
membres des forces de l’ordre ou des supérieurs hiérarchiques sont parfois dissimulées au
prétexte de sauvegarder la sécurité nationale. Bien souvent, les victimes sont tenues à l’écart
des enquêtes et les preuves ne leur sont pas communiquées, ce qui nuit à la transparence des
procès. Ainsi, les procès contre les agents de l’État sont souvent considérés comme une
formalité, sans véritable objectif de clarification des faits et d’établissement de la vérité.
En outre, les procédures administratives d’établissement des responsabilités, par exemple les
enquêtes internes de la police, lorsqu’elles existent, ne sont ni transparentes ni indépendantes
et sont utilisées pour prolonger ou éviter les procédures judiciaires, bloquant ainsi les
poursuites.
41.
Pour améliorer la situation, il est important, tout d’abord, de mettre la législation
interne en conformité avec le droit international des droits de l’homme et les normes
internationales pertinentes, y compris en ce qui concerne les crimes internationaux.
Par exemple, pour que les infractions liées à l’usage illégal, inutile ou excessif de la force,
y compris au moyen d’armes à létalité réduite lors de manifestations, qui peuvent être
constitutives d’actes de torture, donnent lieu aux poursuites et aux sanctions requises, il est
essentiel que les lois internes qualifient et érigent en infraction l’usage de la force hors
détention comme une forme de torture ou autre traitement ou peine cruel, inhumain ou
dégradant29. Les disparitions forcées doivent également être érigées en infraction, de même
que les différentes formes de violence sexuelle. On pourrait ainsi infliger aux auteurs une
peine proportionnée à la gravité de ces crimes.
42.
Il est important que les enquêtes et les poursuites concernant les crimes graves commis
dans le contexte de la liberté de réunion pacifique et d’association portent non seulement sur
des faits précis mais permettent aussi de mettre au jour des schémas de violations, compte
tenu des facteurs sociaux, politiques, historiques et autres facteurs pertinents, ainsi que du
contexte plus large. Cela permettra de cerner la politique de l’État en matière d’encadrement
des manifestations, de repérer les problèmes et les éléments à améliorer et à ne pas reproduire
et aussi de mettre au jour la responsabilité et les omissions des fonctionnaires supérieurs, par
exemple les éventuels partis pris discriminatoires dans l’emploi de la force qui reposeraient
sur des critères liés à la race, à l’appartenance ethnique, au genre ou autres. Les enquêtes
doivent également permettre de « découvrir s’il existait une motivation raciste et [d’]établir
si des sentiments de haine ou des préjugés fondés sur l’origine ethnique ont joué un rôle dans
les événements »30. Il serait de bonne pratique de créer des unités spécialisées, indépendantes
et dotées de ressources suffisantes, qui seraient chargées de poursuivre les auteurs présumés
de violations des droits de la société civile et des manifestants et dont les membres seraient
formés aux droits de l’homme, y compris s’agissant des actes de violence sexuelle et fondée
sur le genre et des infractions commises contre des enfants. Il faut établir une stratégie
nationale applicable aux poursuites concernant ces affaires, en particulier lorsque ces crimes
sont généralisés ou systématiques, afin que les procureurs aient la capacité de traiter tous les
dossiers pour les populations concernées.
43.
Le non-établissement des responsabilités et l’absence de poursuites effectives
entraînent une revictimisation, qui nuit à l’état de santé général des victimes, à leurs familles
et à leurs communautés et qui entretient l’angoisse et le désespoir.
3.
Responsabilité du supérieur hiérarchique
44.
Le Rapporteur spécial a souligné qu’il était essentiel, pour enrayer le cycle de la
criminalité et mettre un terme à l’impunité pour les violations graves des droits de militants
et de manifestants, de poursuivre ceux qui en portent la responsabilité la plus lourde,
29
30
10
Voir A/72/178 et CAT/C/37/D/262/2005.
Voir Cour européenne des droits de l’homme, affaire Nachova et autres c. Bulgarie, requêtes
nos 43577/98 et 43579/98, arrêt du 6 juillet 2005, par. 160.
GE.23-08077