A/HRC/53/38
15.
Les États ont de plus en plus tendance à considérer les manifestations et le
militantisme en faveur des droits de l’homme comme des actes criminels et/ou une menace
pour la sécurité nationale ou l’ordre public, au lieu de permettre, de faciliter et de protéger
les droits. Plutôt que de s’attaquer à l’emploi excessif de la force par des membres des forces
de l’ordre, les États rejettent souvent la faute sur des « manifestants violents », des
« agitateurs extérieurs », des « agents étrangers » ou d’autres personnes. Au lieu de répondre
aux préoccupations légitimes de la société civile, des militants, des mouvements sociaux et
des manifestants, ils présentent ces acteurs comme des ennemis et emploient inutilement la
force ou prennent d’autres mesures illégales et arbitraires pour les réduire au silence et les
réprimer. Avec de tels discours, ils entretiennent l’impunité puisqu’ils légitiment la violation
des droits humains des militants et des manifestants, tout en incriminant les victimes de la
répression et en refusant à celles-ci tout recours utile. Le Rapporteur spécial réaffirme qu’il
faut abandonner ces rhétoriques antagonistes et les remplacer par des politiques et des
mesures visant au respect et à la concrétisation des libertés fondamentales.
16.
Le Rapporteur spécial s’inquiète de ce que des États ont tendance à stigmatiser et
vilipender celles et ceux qui exercent leur droit à la liberté de réunion pacifique et à la liberté
d’association en les qualifiant de « terroristes », de « criminels » et/ou de « traîtres ».
Les autorités ne tiennent pas seulement des discours provocants à l’égard des militants et
manifestants, il leur arrive aussi d’appeler à la répression, par exemple en ordonnant aux
forces de sécurité de prendre des mesures répressives, en les encourageant à agir en ce sens
ou en cautionnant de tels actes. Ce faisant, les autorités sapent la confiance de la population,
portent d’emblée préjudice à certains et entravent l’accès à la justice.
B.
Soustraction ou obstruction volontaire
17.
Des États ont usé et abusé d’autres moyens, par exemple des obstacles légaux et
structurels, pour entraver l’établissement des responsabilités concernant des violations graves
des droits de militants et de manifestants ou pour essayer d’échapper à leurs responsabilités.
Le Rapporteur spécial rappelle que les obstacles à l’accès à la justice ne doivent pas être
utilisés comme un outil d’intimidation, car cela viendrait saper l’essence même des droits
garantis à chacun.
18.
Des États ont détourné et utilisé à mauvais escient leur législation antiterroriste, leurs
lois sur la cybercriminalité, les états d’urgence et d’autres textes de loi sur la sécurité ambigus
et à caractère général pour réprimer les militants et les manifestants et pour légitimer leurs
abus. Ces textes confèrent des pouvoirs étendus aux services chargés de l’application de la
loi et les exonèrent ainsi de toute responsabilité. Quant aux militants et aux manifestants, les
autorités retiennent contre eux des chefs d’accusation aggravés et leur infligent de lourdes
peines pour leur militantisme, en application de mesures antiterroristes et de lois sur la
sédition ou la sécurité nationale. Depuis 2011, le Rapporteur spécial et ses prédécesseurs ont
publié 382 communications sur des situations dans lesquelles des États avaient détourné ou
utilisé abusivement des mesures antiterroristes pour réprimer les droits à la liberté de réunion
pacifique et à la liberté d’association.
19.
Des lois de ce genre ont été invoquées pour faire juger et emprisonner des militants et
des manifestants par des tribunaux spécialisés et militaires ; ces personnes ont ainsi été
soustraites à la protection du système judiciaire civil et ont été bafouées dans leurs droits,
dont les droits au respect de la légalité et à un procès équitable. Le Rapporteur spécial a
constaté que de nombreux militants et manifestants avaient, à l’issue de procès sommaires,
été condamnés à de lourdes peines de prison par des tribunaux de ce type et avaient été
victimes de disparitions forcées, d’actes de torture et autres traitements ou peines cruels,
inhumains ou dégradants et de détentions arbitraires prolongées, sans recours possible 11 .
En prononçant la peine de mort à l’issue de procès inéquitables, ces tribunaux ont également
violé le droit à la vie12. Le Rapporteur spécial a demandé aux États de veiller à ce que les
civils ne soient pas jugés par des tribunaux militaires pour avoir exercé leurs libertés.
11
12
GE.23-08077
Voir, par exemple, https://www.ohchr.org/en/press-releases/2021/12/un-experts-condemn-convictionpakistan-human-rights-defender-and-minority.
Voir la communication EGY 7/2021.
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