A/HRC/53/38
Le Comité des droits de l’homme et le Comité contre la torture ont par ailleurs indiqué que
le jugement de civils par des tribunaux militaires ou d’exception pouvait soulever de graves
problèmes s’agissant du caractère équitable, impartial et indépendant de l’administration de
la justice13.
20.
En outre, le Rapporteur spécial n’a eu de cesse d’exprimer son inquiétude quant au
fait que des États exploitent l’absence de tout cadre international qui régirait l’utilisation des
outils de surveillance numérique et exploitent ces outils, notamment la reconnaissance
faciale, pour cibler et réduire au silence des militants et des manifestants en toute impunité.
Les États devraient également interdire l’utilisation des techniques de surveillance de
manière indiscriminée et non ciblée à l’égard de personnes exerçant leurs droits de réunion
pacifique et d’association, que ce soit dans le monde physique ou en ligne. Le Rapporteur
spécial a demandé qu’un moratoire soit décrété sur l’utilisation et la vente d’outils de
surveillance jusqu’à ce que des garanties adéquates soient mises en place pour protéger les
droits de l’homme, y compris la liberté de réunion pacifique et la liberté d’association14.
21.
La tendance qu’ont les États à accorder aux membres des forces de l’ordre l’immunité
ou des pouvoirs étendus, ou à leur permettre d’employer la force, y compris létale, sans
limite, au nom de la sécurité nationale et de l’ordre public, en contradiction avec les principes
de nécessité et de proportionnalité, est également préoccupante. Le Rapporteur spécial a par
ailleurs été informé de ce que des États avaient accordé des amnisties ou des grâces, y compris
s’agissant de l’emploi illégal de la force dans des manifestations, favorisant ainsi l’impunité.
Les lois qui accordent une immunité générale aux membres des forces de l’ordre sont tout
aussi préoccupantes. Le Rapporteur spécial et d’autres experts ont demandé qu’il y soit mis
fin15.
22.
L’utilisation de milices financées par l’État et de forces de sécurité en civil infiltrées
pour maintenir l’ordre dans des manifestations fait qu’il est difficile d’identifier les auteurs
de violations. Le recours toujours plus fréquent aux forces armées et paramilitaires pour
maintenir l’ordre dans le cadre de rassemblements entrave également l’application du
principe de responsabilité, puisque ces forces n’agissent pas sous le commandement et la
surveillance d’organes civils. La militarisation croissante des services chargés de
l’application de la loi, de leurs tactiques et de leur matériel est préoccupante, alors même que
des États cherchent à renforcer leur contrôle et à restreindre et réprimer des réunions, au
prétexte de la sécurité nationale et du maintien de l’ordre public16. Récemment, le Rapporteur
spécial s’est dit vivement préoccupé par le fait que le Mexique ait placé les missions de
sécurité publique sous le contrôle militaire du Ministère de la défense17.
23.
Des États ont par ailleurs cherché à entraver le recueil de preuves en empêchant la
surveillance des violations des droits de l’homme dans le contexte des manifestations, en
coupant totalement l’accès à Internet et aux réseaux mobiles avant et pendant des
manifestations, en prenant pour cibles des défenseurs des droits de l’homme, des journalistes
et des observateurs et en empêchant des militants et des journalistes indépendants d’enquêter
sur les violations et d’en rendre compte. En outre, des médias publics ou financés par l’État
ont servi à cautionner les discours des pouvoirs publics en faisant passer les militants et les
manifestants pour des « criminels » afin de légitimer les interventions policières musclées
visant à disperser les manifestants, en stigmatisant les victimes et en les revictimisant.
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17
6
Voir l’observation générale no 36 (2018) du Comité des droits de l’homme et CAT/C/CUB/CO/3.
Voir la communication OTH 211/2021.
Voir https://www.ohchr.org/en/press-releases/2021/02/usa-un-experts-urge-far-reaching-reformspolicing-and-racism.
Voir A/HRC/50/42.
Voir la communication MEX 11/2022 (en espagnol seulement).
GE.23-08077