A/HRC/53/38
31.
En outre, dans de nombreux pays, la police et les autorités judiciaires ne saisissent pas
ce que représentent certaines infractions, telles que la nudité forcée et les fouilles corporelles
invasives que des militantes et manifestantes ont dit avoir subies pendant leur détention.
Le Rapporteur spécial a reçu des informations concernant des actes de violence sexuelle, par
exemple le déshabillage de militantes et de manifestantes dans des lieux de détention ou de
manifestation, ou des viols, collectifs dans certains cas, de manifestantes20, dont le but était
d’affirmer l’autorité des pouvoirs publics, et de punir, d’humilier et de dissuader les femmes
et les autres membres des communautés de continuer à militer. Ces actes sont extrêmement
traumatisants pour les personnes survivantes, qui hésitent à porter plainte par crainte d’être
stigmatisées et par manque de soutien de la part des institutions publiques et d’organismes
indépendants spécialisés. Le Rapporteur spécial se félicite de la mise en place d’unités
indépendantes, dirigées par des civils, qui sont chargées de donner suite aux allégations de
violence sexuelle et fondée sur le genre et dont les membres sont spécialement formés à ce
sujet.
32.
De manière générale, les membres des forces de l’ordre, les procureurs et les juges
semblent ne pas comprendre comment s’occuper des infractions commises contre des enfants
et n’avoir ni les capacités ni la formation nécessaires à cette fin. Des enfants militants sont
arrêtés, tués, poursuivis et punis. Par exemple, ils se font renvoyer de l’école ou se voient
empêchés de faire des études, ce qui a des conséquences tout au long de leur vie, tandis que
leurs parents sont arrêtés ou se voient retirer leurs droits parentaux pour les avoir autorisés à
participer à des manifestations. Le Rapporteur spécial souligne que ces pratiques portent
gravement atteinte aux droits à la liberté d’association et de réunion pacifique des enfants,
reconnus par la Convention relative aux droits de l’enfant. Il renvoie à ce sujet au Comité des
droits de l’enfant, qui a recommandé de créer un « mécanisme de plainte pour les enfants »
qui ont été victimes d’un usage excessif de la force ou de détention arbitraire pendant des
manifestations21.
33.
Le principal obstacle aux enquêtes réside dans le fait qu’elles sont menées par les
autorités policières qui, dans la plupart des cas, sont directement impliquées dans la
commission des infractions visées. Peu d’États disposent de mécanismes de contrôle
indépendants chargés d’enquêter sur les violations commises par leurs agents. Le secret qui
entoure les enquêtes sur les fautes policières dans certains États, le fait que les victimes ne
puissent pas participer aux enquêtes et la rétention d’informations qui fait que la société civile
ne sait rien sont autant d’éléments qui compliquent encore plus la situation.
34.
Dans certains pays, des policiers ont, souvent de manière arbitraire, exigé que des
manifestants détenus signent des déclarations attestant qu’ils n’avaient pas été maltraités, et
leur ont ordonné de garder le silence sur les mauvais traitements qu’ils avaient subis avant
de les libérer. Si de tels comportements sont possibles, c’est parce que les preuves de torture,
de mauvais traitements ou d’abus sexuels ont été dissimulées et parce que les militants
détenus n’ont pas pu consulter un avocat ni avoir accès à un médecin en temps utile et comme
il aurait fallu.
35.
Dans certains pays, les policiers doivent porter une caméra lorsqu’ils encadrent des
manifestations, et des caméras de surveillance ont été installées sur des places, dans des
voitures de police et dans des commissariats, dans l’objectif louable de prévenir d’éventuels
abus. Ces initiatives sont toutefois rares et les enquêtes ne sont pas toujours conduites de
manière indépendante. En effet, les images des caméras ne sont pas mises à la disposition
des victimes, de leurs avocats ou des membres de la société civile qui en font la demande et
il arrive que les enregistrements soient pollués, modifiés ou supprimés. Le fait même que les
images et les caméras soient sous le contrôle exclusif des forces de l’ordre est une autre
source d’obstruction à la justice22. Il serait de bonne pratique que les images des caméras
d’intervention et de surveillance soient reçues, contrôlées et traitées par un organisme civil
indépendant, qui garantirait l’intégrité et la crédibilité des preuves, et mises à la disposition
de la société civile, des victimes et de leurs représentants. Cela permettrait aussi, et c’est tout
20
21
22
8
Voir la communication SDN 6/2022.
CRC/C/ECU/CO/5-6, par. 21 c).
Voir la communication NGA 6/2020.
GE.23-08077