A/HRC/38/46 des pays, des formes de discrimination à l’égard des femmes multiples et croisées, qui se renforçaient et s’alimentaient mutuellement. Toutes les femmes, dans toute leur diversité et dans des circonstances très variées, subissent de différentes manières les effets de lois et de pratiques discriminatoires. Certains aspects de la discrimination à l’égard des femmes se retrouvent néanmoins dans toutes les cultures, mais à des degrés d’intensité et avec des incidences variables. 12. En outre, tout au long des six premières années de son mandat, le Groupe de travail a ressenti le besoin de rappeler constamment, y compris au sein du système des droits de l’homme, que les femmes ne constituent pas simplement un groupe vulnérable parmi d’autres, comme certains le pensent souvent. Elles représentent la moitié de la population mondiale et, souvent, la majorité des personnes dans chacun des groupes vulnérables. Par conséquent, l’élimination de la discrimination persistante à l’égard des femmes et des atteintes à leurs droits devrait être considérée à la fois comme un objectif à part entière et comme une question transversale. 13. Le Groupe de travail a constaté que des notions comme « la complémentarité », « l’équité » et « la protection de la famille » avaient été utilisées pour fragiliser les droits des femmes en remettant en question le droit universel à l’égalité et à la non-discrimination. Ces notions servent également à justifier les atteintes commises par des acteurs étatiques ou non étatiques, ainsi que le non-respect des obligations qui incombent aux États pour ce qui est d’éliminer les pratiques discriminatoires fondées sur un rôle stéréotypé des hommes ou des femmes (voir A/HRC/29/40). 14. Ces dernières années, le Groupe de travail a constaté que la notion de genre elle-même avait été remise en question, mal comprise et détournée pour entraver encore la lutte en faveur de l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes et de l’égalité des sexes. À cet égard, l’hostilité envers l’idéologie dite de genre, particulièrement marquée en Amérique latine et en Europe orientale, est représentative des difficultés grandissantes qui entravent la quête de l’égalité. Les groupes de pression conservateurs qui font campagne contre cette idéologie, présentée comme une menace pour les « valeurs traditionnelles », considèrent à tort les efforts visant à promouvoir l’égalité des sexes comme un moyen d’imposer des idées et des croyances qui auraient pour objet de détruire des institutions telles que la famille, le mariage et la liberté religieuse. Ce mouvement s’est opposé de manière particulièrement énergique aux politiques, voire aux débats, concernant l’introduction dans les écoles de cours d’éducation sexuelle complète fondée sur des données scientifiques, les droits des femmes en matière de sexualité et de procréation, l’égalité dans le mariage et la violence sexiste. Le terme « genre » a, par exemple, été remis en question par le mouvement contre la ratification de la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique (Convention d’Istanbul), au motif qu’il imposait l’idéologie de genre. Ces groupes conservateurs font valoir que le droit international interdit uniquement la discrimination sexuelle, et refusent d’admettre que le terme « genre » est employé dans les normes et règles internationales depuis les années 1970. Le Groupe de travail rappelle que, dans sa recommandation générale no 28, le Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes a estimé que l’interdiction de la discrimination sexuelle, telle qu’elle est énoncée dans la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, visait aussi la discrimination sexiste. Les conservateurs s’en prennent à l’idéologie de genre pour s’opposer à l’applicabilité universelle des normes relatives aux droits de l’homme en vertu du principe de la non-discrimination et pour faire obstacle aux progrès accomplis en ce qui concerne la reconnaissance des droits fondamentaux des femmes et la réalisation de l’égalité des sexes. 2. Un nouveau sentiment d’urgence 15. Au cours des six dernières années, le Groupe de travail a recueilli des informations sur les progrès accomplis au fil des décennies grâce aux activités de sensibilisation menées à l’échelle mondiale. Il a également appelé l’attention sur les lacunes persistantes et les obstacles à la réalisation de l’égalité des sexes, liés en particulier à la multiplication des mouvements opposés à l’universalité des droits des femmes, qui contribue à fragmenter et affaiblir le système de protection des droits de l’homme. Il est nécessaire que tous les GE.18-07710 5

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