A/HRC/56/51
74.
Le principe de l’égalité réelle est un élément fondamental du cadre international des
droits de l’homme et de la dignité humaine. Ce principe suppose de garantir l’égalité des
chances ainsi que l’égalité de résultats. Il impose de prendre les mesures suivantes : s’attaquer
à la discrimination dans les lois, les politiques et les pratiques ; remédier aux situations
défavorables ; lutter contre la stigmatisation ; procéder à des aménagements raisonnables
pour répondre aux besoins particuliers des femmes et des jeunes filles ; lutter contre les
stéréotypes préjudiciables, les préjugés et la violence ; adopter des mesures positives, s’il y
a lieu ; procéder aux changements structurels nécessaires pour permettre la pleine
participation des femmes et des filles dans tous les domaines de la vie87. L’égalité réelle
implique un engagement idéologique ferme en faveur de la dignité humaine pour tous, doublé
d’un engagement pratique de la part des États et des autres acteurs à mener l’action parfois
difficile et intensive que cela requiert.
75.
Compte tenu de ces éléments, le Groupe de travail consacrera ses rapports thématiques
annuels et d’autres analyses à l’identification des problèmes particuliers qui entravent la
progression de l’égalité réelle entre les femmes et les hommes dans tous les domaines de la
vie et des moyens d’y remédier. Il le fera avec une détermination renouvelée, en prêtant
pleinement attention aux diverses identités croisées des femmes et des filles.
2.
S’attaquer aux obstacles à l’égalité réelle des sexes
76.
Les réponses au questionnaire du Groupe de travail et les contributions recueillies lors
des consultations régionales donnent une vue d’ensemble des nombreuses difficultés qui
empêchent la réalisation de l’objectif de mettre fin à la discrimination à l’égard des femmes
et des filles de manière générale, au-delà de celles qui découlent des réactions hostiles
décrites plus haut.
77.
Les structures de pouvoir patriarcales continuent de perpétuer la discrimination et
l’inégalité dans tous les aspects de la vie des femmes et des filles, souvent en se conjuguant
à d’autres motifs de discrimination et de rapports de force, fondés notamment sur la race,
l’ethnie ou la caste. Lorsque des avancées ont eu lieu, dans des domaines tels que la
représentation politique, l’éducation et la reconnaissance juridique des droits en matière de
santé sexuelle et procréative, les lacunes dans la mise en application − souvent dues à la fois
à un manque de volonté politique, à la non-harmonisation des cadres nationaux avec les
normes internationales pertinentes, à l’insuffisance des ressources et des capacités
disponibles, à l’absence de mesures de soutien et à la promotion d’interprétations restrictives
ou régressives des garanties juridiques existantes, entre autres facteurs − entravent les progrès
dans la pratique et sont souvent aggravées par une responsabilité limitée en cas de violation
des droits des femmes et des filles. Les obstacles comportementaux, notamment de la part
des autorités chargées de faire respecter la loi, entravent l’accès à la justice et contribuent à
l’impunité et à la normalisation de la discrimination et de la violence.
78.
Les États et différentes parties prenantes ont signalé d’autres obstacles à la promotion
de l’égalité des sexes, allant de l’effet différencié et disproportionné des changements
climatiques et de la dégradation de l’environnement sur les femmes et les filles aux préjugés
et à la discrimination reposant sur le genre inhérents aux algorithmes d’intelligence
artificielle et à la conception des technologies, en passant par la fracture numérique et la
violence et le harcèlement en ligne, entre autres. Ils ont souligné qu’il était urgent d’investir
dans des mesures de protection sociale visant notamment à remédier aux disparités fondées
sur le genre en matière d’emploi, de rémunération et de pensions, ainsi qu’à l’absence d’accès
universel à l’enseignement préprimaire ou à la garde d’enfants et aux coûts y afférents, sans
oublier les préoccupations générales concernant la dimension de genre de l’économie des
services à la personne. Plus généralement, ils ont souligné la nécessité de s’attaquer aux
causes profondes des inégalités en appliquant des approches intégrées et de mettre l’accent
sur les droits collectifs, notamment le droit à la souveraineté alimentaire, le droit au
développement et les droits sur les territoires, les terres et les ressources.
87
18
Voir Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes,
art. 1erà 5 et 24, recommandation générale no 25 (2004) du Comité pour l’élimination de la
discrimination à l’égard des femmes, et A/43/38. Voir aussi A/HRC/53/39 et Sandra Fredman,
Discrimination Law, 2e édition (Oxford, Oxford University Press, 2022).
GE.24-07559