A/HRC/54/30 46. L’accès limité aux services publics et au travail décent est souvent le résultat de la faible participation des sans-abri à la prise de décisions. Cette faible participation peut conduire à l’adoption de solutions génériques qui ne tiennent pas compte des besoins et des situations de chacun. Par exemple, il ne faut pas placer les enfants en situation de rue dans des familles ou d’autres structures d’accueil si cela accroît leur vulnérabilité face aux formes contemporaines d’esclavage. À cet égard, une étude menée récemment dans plus de 30 pays d’Europe a montré qu’un grand nombre de jeunes lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres, queers et intersexes en situation de sans-abrisme avaient l’impression qu’il n’y avait presque pas, voire pas du tout, de véritables mesures et dispositifs expressément destinés à leur venir en aide76. Il est essentiel de tenir compte du vécu et des préoccupations des sans-abri si on veut élaborer des solutions à court, moyen et long termes qui leur sont adaptées et leur conviennent. 47. La criminalisation des comportements associés au sans-abrisme, tels que le fait de dormir dans des lieux publics ou le vagabondage, fait partie des manifestations de la discrimination que les responsables de l’application des lois manifestent à l’égard des sans-abri, y compris les enfants en situation de rue, dans diverses parties du monde. Bon nombre de sans-abri sont exposés à des sanctions comme des amendes ou même des peines d’emprisonnement77. En Malaisie, par exemple, la loi sur les personnes indigentes aurait été utilisée pour incarcérer des sans-abri sans les juger78. Les personnes qui sont contraintes de commettre des délits comme le trafic de drogue et le vol tombent aussi sous le coup de la loi. Par ailleurs, des formes de discrimination croisée sont clairement à l’œuvre puisqu’il semblerait que la criminalisation touche plus fréquemment les personnes issues de minorités ethniques et les lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres, queers et intersexes79. Inévitablement, il est beaucoup plus difficile de promouvoir l’intégration sociale et économique des sans-abri qui ont un casier judiciaire. 48. Le fait que les prestataires de services privés et publics ne sont pas suffisamment au courant de la corrélation entre le sans-abrisme et les formes contemporaines d’esclavage est aussi un problème. Ce manque de connaissance s’explique par le manque de données et d’informations fiables sur le sujet. Sans une bonne compréhension des vulnérabilités et de la victimisation particulières dont souffrent les sans-abri, y compris les enfants en situation de rue, les États et les acteurs non étatiques ne peuvent pas élaborer ni appliquer des stratégies appropriées et efficaces et prendre des mesures d’aide adaptées qui tiennent suffisamment compte des questions de genre et des autres questions pertinentes. Il est donc urgent de renforcer les connaissances des parties prenantes en ce qui concerne le sans-abrisme et la lutte contre l’esclavage en menant des travaux de recherche et des activités de sensibilisation et de formation. VIII. Mesures de lutte contre le sans-abrisme et les formes contemporaines d’esclavage 49. Le Rapporteur spécial est conscient que des États et des acteurs privés ont pris tout un éventail de mesures susceptibles de régler les problèmes qui se posent s’agissant d’éviter aux sans-abri d’être victimes de formes contemporaines d’esclavage. Dans toutes les régions du monde, les sans-abri ont en général accès à une protection immédiate sous la forme d’hébergements d’urgence ou de logements temporaires80. Il est particulièrement encourageant de voir que de plus en plus de foyers publics et privés prêtent attention à la vulnérabilité des 76 77 78 79 80 12 J. Shelton et autres, « Perceptions: addressing LGBTI youth homelessness in Europe and Central Asia, findings from a survey of LGBTI organisations », ILGA-Europe, True Colors United et le Silberman Center for Sexuality and Gender du Hunter College (2021). A/HRC/48/55, par. 25 ; A/HRC/41/33, par. 52 ; contributions d’Egna Legna Besidet et de Freedom Network USA. A/HRC/44/40/Add.1, par. 50. Contributions de A Way Home America, d’Aiden Anthony, du National Homelessness Law Center, de True Colors United et de Freedom Network USA. Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), « Synthèse sur le logement abordable − améliorer les données et les politiques pour lutter contre le sans-abrisme dans les pays de l’OCDE » (2020). GE.23-12640

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