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39. Pour de nombreux processus de paix, il s’agira de trouver un équilibre entre,
d’une part, les compromis à court terme nécessaires pour parvenir à un accord de paix
et mettre fin à la violence le plus rapidement possible, et d’autre part, la nécessité
d’aborder des questions plus délicates liées à la justice et à l’application du principe
de responsabilité, y compris en ce qui concerne les violations des droits humains et
les déplacements arbitraires. Le fait de privilégier le premier aspect au détriment du
second peut compromettre la viabilité à long terme de tout accord, car les accords de
paix qui ignorent à l’excès ou ajournent les revendications de justice peuvent
contribuer à l’apaisement du conflit à court terme, mais réussissent rarement à éviter
la controverse ou à faire taire ces revendications sur le long terme, créant ainsi des
situations d’instabilité 29.
40. La prévalence d’institutions de gouvernance faibles, inefficaces ou corrompues,
ou d’institutions qui ne sont pas considérées comme étant représentatives de
l’ensemble de la population, peut être un facteur majeur de la violence et des
déplacements. Il arrive que de telles institutions ‒ en particulier dans le secteur de la
sécurité ‒ participent activement à des violations des droits humains à l’encontre de
civils avant ou pendant les périodes de conflit, qu’elles rendent possibles ces
violations, ou encore, qu’elles ne souhaitent ou ne puissent pas empêcher d’autres
acteurs de perpétrer ces violations. Elle perdent de ce fait leur légitimité aux yeux des
personnes déplacées à l’intérieur du pays et des autres victimes de violations des
droits humains. La réforme ou la refonte de ces institutions est un passage obligé si
l’on souhaite promouvoir la réconciliation et éviter de voir les atrocités se reproduire.
Cette étape devrait donc faire l’objet d’une attention particulière dès le début des
activités de reconstruction après conflit. On pourra par exemple mettre en place une
administration transitoire, lancer un référendum constitutionnel ou organiser des
élections. Il est essentiel de veiller à ce que les personnes déplacées dans le pays
bénéficient des droits civils et politiques nécessaires pour pouvoir participer
pleinement à ces processus, y compris le droit de voter et de prendre part aux
élections. Au même titre que l’intégration ou la réintégration des personnes déplacées
à l’intérieur du pays, en tant que détenteurs de droits à part entière, la participation à
la vie politique sans discrimination est indispensable à la paix, au relèvement et au
développement à long terme des sociétés sortant d’un conflit.
41. Il peut également s’avérer indispensable de procéder à des réformes législatives
et politiques pour traiter les causes profondes de la violence et prévenir de nouveaux
déplacements. Par exemple, quand le conflit a été provoqué par des contentieux liés
au logement, à des terres et à des biens, une réforme de la gouvernance des terres, le
renforcement des cadres juridiques de protection des droits au logement, à la terre et
à la propriété, et la mise en œuvre de mécanismes de règlement des litiges fonciers
pourraient permettre de protéger les droits, de remédier aux inégalités et d’atténuer
les causes des frictions et des instabilités. De telles réformes pourraient également
contribuer à la transformation de l’État en instaurant ou en rétablissant la confiance
entre les citoyennes et citoyens, ainsi que la confiance dans la capacité des institutions
publiques à faire respecter les droits humains.
42. Les mécanismes de justice transitionnelle devraient aborder l’ensemble des
questions relatives aux personnes déplacées à l’intérieur de leur pays, et apporter des
solutions durables à leur déplacement. Ces questions sont notamment la protection,
l’accès à la justice, le logement, les terres et les biens, la cohésion sociale ainsi que
la recherche des proches disparus et la détermination du lieu où ils se trouvent. De
nombreux conflits ont pour origine des inégalités ou une gouvernance inefficace dans
ces domaines, et ce sont souvent les personnes dont les droits à cet égard sont les
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Louise Mallinder et Ron Slye, « Repenser la paix et la justice », Institute for Integrated
Transitions, 2021.
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