A/HRC/56/48
proxénétisme est parfois commis par des membres de la famille, des partenaires, des amis ou
d’autres personnes de confiance. Des individus en position de pouvoir au sein des forces de
l’ordre et de l’appareil judiciaire, des autorités religieuses ou des médias, dans le secteur
hôtelier ou sur des plateformes en ligne ou numériques peuvent aussi commettre des
violences en tant que tiers 116 . Les institutions publiques créent et favorisent parfois des
situations qui accroissent le risque que des femmes et des filles puissent se livrer à la
prostitution et y rester piégées sans pouvoir en sortir. Il arrive que des États s’abstiennent
délibérément de protéger les prostituées parce qu’ils tirent des bénéfices financiers de
l’exploitation et des abus dont elles sont l’objet. On peut alors parler à juste titre d’« État
proxénète », soit un État à la tête des efforts visant à aseptiser et légitimer la prostitution,
favorisant ainsi le secteur et invisibilisant l’exploitation qui va de pair117. Pour ce faire, l’État
peut par exemple criminaliser et punir les prostituées en fermant les yeux sur les activités et
les gains financiers des proxénètes, ou ne rien faire pour endiguer la demande ou pour amener
les acheteurs d’actes sexuels et les proxénètes à répondre de leurs actes.
VI. Modèles juridiques et de politique générale
en matière de prostitution
27.
Il existe dans la plupart des États des dispositions législatives particulières concernant
le système prostitutionnel. Les dispositions portant sur la prostitution ne sont pas distinctes
mais sont généralement intégrées dans le droit administratif et pénal. Beaucoup d’États ayant
ratifié les instruments internationaux en la matière, notamment les conventions contre la
traite, ont une législation nationale qui est contraire à leurs engagements internationaux. La
détection et l’identification des femmes et filles victimes de la traite laissent dans l’ensemble
à désirer. En gros, quatre grands cadres juridiques régissent la prostitution au niveau national,
avec des variations. Certains modèles juridiques criminalisent tous les acteurs liés à la
prostitution, ou une partie d’entre eux, et tous répriment l’exploitation sexuelle, en particulier
dans le cadre d’un conflit ou d’une guerre.
28.
Le modèle de l’interdiction, ou modèle de criminalisation, sanctionne tous les acteurs
impliqués, souvent pour des raisons morales, culturelles et/ou religieuses ; c’est celui qu’ont
adopté des États comme la Chine, la République islamique d’Iran et la plupart des États des
États-Unis d’Amérique118. Certains États, comme la Fédération de Russie 119 ou le Liban120,
sanctionnent les personnes exploitées dans la prostitution ainsi que les acteurs qui organisent
la prostitution et en tirent profit mais ne criminalisent pas les acheteurs d’actes sexuels.
Certains pays interdisent de tirer profit de la prostitution et l’exploitation par des tiers, même
si ces règles sont rarement appliquées. L’impact d’un tel modèle est souvent discriminatoire
puisque ce sont les femmes et les filles prostituées qui en pâtissent le plus : elles sont très
souvent arrêtées et poursuivies, socialement marginalisées, persécutées, incriminées et
incarcérées121. Elles rencontrent des obstacles pour se loger, pour obtenir des services de santé
et des services financiers, pour scolariser leurs enfants et pour accéder à la justice. Dans les
pays qui appliquent ce modèle, on trouve souvent parmi les auteurs de violence des policiers
et des membres des forces de l’ordre car les victimes sont davantage exposées aux descentes
de police, pratiques d’extorsion, mesures d’expulsion, abus sexuels et violences. D’autres
États administrent ou tolèrent la prostitution au moyen des programmes de visa ou de mobilité
de la main-d’œuvre, et leurs services d’immigration sont parfois impliqués dans le système
prostitutionnel122. Ces cadres juridiques ne prévoient généralement ni services d’appui ni
aides pour s’en sortir123, sauf quelques programmes de réadaptation souvent conçus comme
une forme de punition. Les acheteurs de prostitution sont rarement appréhendés, arrêtés ou
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GE.24-08177
Communication d’Afghan Women EU.
K. Banyard, Pimp State, 2017.
Voir https://prostitution.procon.org/countries-and-their-prostitution-policies/.
Communication de Safe House Foundation.
Communication de Kafa
Communication de CREA.
Communications de Kafa et Migrant Workers Action.
Communication d’Eve’s Ribs.
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