A/HRC/45/44
au 18 mai 2020 sur le thème « L’éducation comme outil de prévention : répondre et contrer
les discours de haine », et à l’occasion d’une conversation mondiale du Fonds des Nations
Unies pour la population sur le thème « Une fois encore, nous vaincrons : la COVID-19 et
les personnes d’ascendance africaine », qui a eu lieu le 23 juillet 2020.
III. COVID-19, racisme systémique et manifestations mondiales :
l’intégrité du cadre des droits de l’homme à l’épreuve
13.
En 1951, Langston Hughes, poète américain d’ascendance africaine, a écrit un
poème intitulé Harlem dans lequel il demande : « Qu’arrive-t-il aux rêves différés ? ». Il
demande à qui la priorité a été donnée s’agissant des droits et des libertés, y compris à la
création de l’Organisation des Nations Unies et lors de la rédaction de la Déclaration
universelle des droits de l’homme. À une époque où régnaient paix et prospérité et où les
rêves étaient permis, Hughes faisait remarquer que les rêves différés sont la véritable raison
des manifestations, des soulèvements et de la résistance. La pandémie de COVID-19 a mis
en lumière l’existence de disparités raciales et d’une discrimination raciale au sein
d’institutions chargées de faire respecter la justice, de promouvoir l’équité et de réparer les
préjudices, ce qui pose avec une acuité renouvelée la question de savoir si l’action de ces
institutions, y compris les services de maintien de l’ordre, est conforme ou contraire à la
mission qui leur a été confiée. À bien des égards, le cadre des droits de l’homme reste une
promesse non tenue et un rêve lointain pour les personnes d’ascendance africaine.
14.
Le racisme systémique est au cœur de cette réalité tenace. La discrimination raciale
structurelle exacerbe les inégalités dans l’accès aux soins et aux traitements, ce qui entraîne
des disparités raciales en matière de santé, notamment des taux de mortalité et de morbidité
plus élevés chez les personnes d’ascendance africaine. Il est dit dans la Déclaration de
Durban que les préjugés sociaux et la discrimination qui existent dans les institutions
publiques et privées continuent de créer des difficultés pour les populations d’ascendance
africaine, y compris dans l’exercice de leurs droits humains. Les États doivent reconnaître
les besoins particuliers de certaines communautés, sans quoi ils risquent de faire passer au
second rang les préoccupations des personnes d’ascendance africaine, du point de vue du
droit et dans les politiques.
A.
La race, dénominateur commun entre COVID-19, impunité policière
et manifestations mondiales
15.
Il importe de noter que le choix d’une taxinomie, à savoir d’un système de
classification, peut masquer les effets différenciés qu’ont certaines décisions selon la race.
La pandémie de COVID-19 n’est pas exclusivement une question de santé publique à
propos de laquelle les pouvoirs publics, dans leurs décisions, n’ont pas donné la priorité aux
conclusions scientifiques, elle a aussi mis en évidence le fait que le choix des priorités est
influencé par des considérations raciales. La violence policière dont sont victimes les Noirs
ne saurait être considérée comme un problème strictement lié au maintien de l’ordre lorsque
l’impunité, les pratiques répréhensibles et la brutalité de la police se généralisent dans un
environnement propice à la persistance des abus à motivation raciale. Prétendre le contraire,
c’est ignorer l’existence, dans toutes les sphères de la société, d’un facteur racial qui fait
que, pour une partie de la population, les attentes sont moindres et la situation plus difficile.
La persistance d’un racisme systémique dans de multiples secteurs est le résultat de
l’évolution, au cours de l’histoire, de systèmes imbriqués qui ont exploité les personnes
d’ascendance africaine au lieu de les protéger.
16.
Les priorités de classification ont toujours eu une incidence énorme sur les résultats
de l’action publique. La pandémie de COVID-19 ne fait pas exception à la règle. Alors que
les effets de la pandémie sont différents selon les races, les considérations raciales ont été
négligées, avec pour conséquence de graves lacunes dans la production de connaissances
sur la pandémie, y compris de connaissances scientifiques. La discrimination structurelle a
exacerbé les inégalités dans l’accès aux soins et aux traitements, d’où des disparités raciales
en matière de santé, notamment des taux de mortalité et de morbidité plus élevés chez les
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