A/HRC/41/33
donnait lieu à l’incrimination des décisions des femmes dans ce domaine (voir
A/HRC/32/44). Il a également observé que les lois incriminant les relations sexuelles entre
adultes consentants étaient souvent discriminatoires pour les femmes, soit expressément,
dans la loi elle-même, soit implicitement, dans la manière dont celle-ci était appliquée22.
Enfin, dans certains pays, les femmes sont passibles de sanctions en cas de rapports sexuels
extraconjugaux, même lorsque ceux-ci ne sont pas consentis, si bien qu’en cas de viol, elles
risquent l’emprisonnement.
34.
Les femmes dont l’orientation sexuelle ou l’identité de genre ne cadrent pas avec
l’image traditionnellement associée à leur sexe sont l’objet d’un contrôle social
disproportionné car leur comportement est perçu comme une remise en cause ou une
« transgression » des normes établies en ce qui concerne les rôles de genre et la sexualité
(A/HRC/23/50, par. 47). Elles sont donc plus exposées aux poursuites pénales et à la
privation de liberté. En effet, même lorsqu’elles ne sont pas expressément poursuivies en
raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre, ces femmes courent un
risque accru d’avoir affaire à la justice. À titre d’exemple, les femmes transgenres font
l’objet d’un profilage arbitraire et sont considérées d’office comme pratiquant la
prostitution/travail du sexe.
35.
La sexualité des femmes est souvent assimilée à de la « légèreté de mœurs ».
Lorsque les femmes expriment leur sexualité sous une forme qui s’écarte des normes
sociales sans pour autant être contraire à la loi, elles peuvent s’exposer à l’internement dans
des établissements de santé mentale ou d’autres centres de soins. Dans certains pays, la
grossesse ou la « légèreté de mœurs » chez les adolescentes peuvent constituer un motif de
placement en foyer23. Dans d’autres, les expressions de la sexualité féminine peuvent être
qualifiées d’« hypersexualité » et considérées comme étant un signe de déséquilibre mental
justifiant un internement civil24. En outre, dans certaines familles, la sexualité peut amener
à considérer que la femme ou la fille concernée est trop « difficile » à élever ou à surveiller
et qu’il vaut mieux la placer, surtout si elle est handicapée 25. Enfin, la surmédicalisation est
utilisée comme méthode de contrôle social, ce qui vaut à certaines femmes jugées
« difficiles » d’être maîtrisées au moyen de psychotropes puissants qui constituent
effectivement un moyen de les « retenir prisonnières » chez elles ou dans des
établissements de soins. Il en va de même de femmes dont la sexualité est jugée déviante.
Ces femmes ont de fortes chances de subir des « traitements » auxquels elles n’ont pas
consenti, notamment les thérapies dites de conversion, ou de faire l’objet d’un internement
médical dans des établissements psychiatriques ou dans des camps spécialisés, ou encore
dans des foyers ou des institutions religieuses, le but étant de les amener à renoncer à leur
orientation sexuelle (voir A/73/152).
36.
Les femmes qui pratiquent la prostitution/travail du sexe courent le risque d’être
privées de liberté en raison de lois et de préjugés sociaux qui visent à contrôler la sexualité
et la moralité des femmes. Dans les pays qui pénalisent la prostitution/travail du sexe, ces
femmes sont une cible pour les agents des forces de l’ordre qui s’acharnent sur elles. Même
dans les pays où le travail du sexe en tant que tel ne constitue pas une infraction pénale, les
femmes qui le pratiquent ont souvent affaire à la police et risquent de faire l’objet de
poursuites et d’être placées en détention pour d’autres infractions telles que refus de
circuler, vagabondage ou attentat à la pudeur, ou pour des infractions à la réglementation
relative aux migrations. Si elles ne sont pas emprisonnées au sens strict, dans certains pays,
les femmes qui se livrent à la prostitution/travail du sexe risquent d’être enfermées dans des
centres de « rééducation » conçus pour les « guérir » de leur « comportement déviant ».
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23
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25
10
Voir Groupe de travail chargé de la question de la discrimination à l’égard des femmes, dans la
législation et dans la pratique, “Adultery as a criminal offence violates women’s human rights”,
https://www.ohchr.org/Documents/Issues/Women/WG/AdulteryasaCriminalOffenceViolatesWomen
HR.pdf
Voir Carolina Överlien, Girls on the Verge of Exploding?: Voices on Sexual Abuse, Agency and
Sexuality at a Youth Detention Home (Linköping, Suède, Université de Linköping, 2004).
Voir Maribel Morey, “The civil commitment of State-dependent minors: resonating discourses that
leave her heterosexuality and his homosexuality vulnerable to scrutiny” New York University Law
Review, vol. 81, No. 6 (2006).
Ibid.
GE.19-07966