A/HRC/41/33
disponibles sur l’ensemble d’une vie, la pauvreté des femmes se fait encore plus criante 30.
Le manque de temps dû aux responsabilités disproportionnées qu’elles assument, sans
contrepartie financière, au sein de la famille et du ménage limite aussi leur possibilité
d’avoir des activités lucratives. Leur dépendance financière vis-à-vis de leur partenaire et
d’autres membres de la famille fait qu’elles sont d’autant plus exposées à la pauvreté et
d’autant moins en mesure de se faire entendre ou de négocier au sein du ménage.
L’inégalité d’accès aux ressources, au pouvoir et aux services et l’inégalité des chances
sont responsables au premier chef de la pauvreté des femmes, qui peut les conduire à être
privées de liberté.
1.
Manque d’accès aux ressources et aux services
51.
Les parties prenantes ont constaté que la pauvreté matérielle était l’un des
principaux facteurs à l’origine de la privation de liberté chez les femmes et plus
précisément de l’emprisonnement des femmes. Les lois qui considèrent comme des
délinquantes les personnes vivant dans la pauvreté ont en effet donné lieu à de nombreuses
études (voir par exemple le document A/66/265), et il a été établi que les liens entre les
inégalités économiques et sociales et la justice pénale pouvaient entraîner les gens dans un
cercle vicieux de pauvreté et de criminalisation 31. Ce cercle vicieux est plus marqué en
période d’austérité et de réduction des services sociaux, et les femmes en souffrent tout
particulièrement car, avec la féminisation de la misère, elles dépendent plus que les
hommes des services publics dans les domaines juridique, sociale, sanitaire et autres. Elles
ont aussi moins facilement accès à ces services à cause des préjugés à l’égard des pauvres,
et en particulier des femmes pauvres appartenant à des minorités raciales, auxquelles on
reproche de « profiter du système » (ibid.)32.
52.
Les femmes sont souvent emprisonnées pour des infractions liées à la pauvreté,
telles que le vol et la fraude, mais aussi pour des infractions telles que la mendicité ou la
vente à la sauvette, qui résultent du fait qu’elles n’ont pas de domicile fixe, qu’elles vivent
dans des conditions particulièrement difficiles et qu’elles doivent trouver un moyen de
subvenir à leurs besoins. Dans plusieurs pays, les femmes risquent aussi des condamnations
civiles lorsqu’elles ne sont pas en mesure de payer leurs dettes. Ainsi, dans bien des pays,
les femmes autochtones et celles qui appartiennent à des minorités raciales sont non
seulement plus exposées que les autres à la pauvreté en raison d’une oppression systémique
aux répercussions intergénérationnelles, mais elles risquent aussi davantage d’être détenues
pour des motifs tels que l’insolvabilité ou pour des délits mineurs comme le vol.
53.
La pauvreté joue un rôle déterminant non seulement dans les infractions dont ces
femmes sont accusées, mais aussi dans les relations que celles-ci ont avec la justice et qui
ne sont pas sans incidence sur le risque qu’elles courent d’être emprisonnées et sur la durée
de cet emprisonnement. Plus précisément, faute de revenus et de patrimoine, les femmes
peuvent difficilement faire appel à des avocats qualifiés et ont donc relativement peu de
chances d’obtenir des décisions de justice qui leur soient favorables. Ce manque de moyens
réduit aussi les chances qu’elles ont de pouvoir verser une caution. Elles doivent donc non
seulement subir une détention avant jugement, mais, selon des études, la probabilité
qu’elles soient reconnues coupables à l’issue de la procédure est considérablement accrue
(ibid., par. 66). Enfin, une fois condamnées et incarcérées, les femmes ont moins facilement
accès que les hommes aux services de réadaptation et de réinsertion, les services adaptés
aux besoins des femmes étant rares dans les établissements de détention, comme le sont les
services de substitution hors milieu carcéral. Les résultats à la sortie de prison sont donc
parfois plus mauvais chez les femmes que chez les hommes, avec un risque accru de
récidive et de réincarcération.
54.
Le fait que les femmes n’aient pas accès aux ressources et aux services contribue
aussi à d’autres formes de privation de liberté. La pauvreté peut en effet amener des
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Voir Sakiko Fukuda-Parr, “What does feminization of poverty mean? It isn’t just lack of income”,
Feminist Economics, vol. 5, No. 2 (1999).
Vanita Gupta, “Keynote remarks,” Michigan Journal of Race and Law, vol. 21, No. 2 (2016).
Voir aussi Kaaryn Gustafson, “The criminalization of poverty”, The Journal of Criminal Law and
Criminology, vol. 99, No. 3 (2009).
GE.19-07966