A/HRC/41/33 d’Iraq et du Levant (EIIL) 40 tandis que des femmes qui s’étaient échappées des zones contrôlées par l’EIIL ont été enfermées dans des camps en Iraq et en République arabe syrienne parce qu’elles étaient soupçonnées d’avoir des liens avec l’EIIL ou de le soutenir. Le Groupe de travail fait en outre observer qu’au Nigéria et au Tchad, des femmes soupçonnées d’avoir des liens avec Boko Haram en raison de leur région d’origine ou d’une exposition présumée ont été systématiquement emprisonnées. Alors que, souvent, les femmes elles-mêmes ne sont soupçonnées de rien, elles sont placées dans des centres de détention ou autrement enfermées en raison des liens présumés de membres de leur famille avec les forces adverses. IV. Conclusions et recommandations A. Conclusions 74. La privation de liberté entraîne des violations des droits de l’homme et a des conséquences dévastatrices pour la vie des femmes, car elle les expose au risque d’être torturées, de subir des actes de violence ou des mauvais traitements, de vivre dans des conditions dangereuses et insalubres, de manquer d’accès aux services de santé et d’être marginalisées encore davantage. Elle prive les femmes de possibilités éducatives et économiques, les isole de leur famille et de leurs amis et les empêche de faire leurs propres choix et de mener leur vie comme elles l’entendent. 75. Partout dans le monde et dans de nombreux contextes, des femmes sont privées de leur liberté. Elles sont enfermées dans des prisons et des centres de détention, dans des hôpitaux, des institutions psychiatriques et des foyers d’accueil, sur leur lieu de travail et dans des domiciles privées, ainsi que dans des situations de conflit ou de crise humanitaire. Elles sont privées de leur liberté par l’État, mais aussi par des membres de leur communauté, des membres de leur famille, leur partenaire, des proches aidants, des employeurs et des groupes armés ou criminels. 76. La privation de liberté est profondément genrée. Bien qu’elle prenne de nombreuses formes, elle est toujours liée à des causes enracinées dans la discrimination à l’égard des femmes. Bon nombre de ces formes de privation de liberté découlent de stéréotypes préjudiciables qui cherchent à assujettir les femmes ou à les réduire au silence, à les punir pour leur supposée déviance morale ou sexuelle, ou à les étouffer en les protégeant de manière excessive. Ces stéréotypes sont bien trop souvent consacrés par la législation nationale. 77. Pour les femmes, la privation de liberté est aussi fréquemment liée à la violence et au conflit ainsi qu’à la pauvreté, que celle-ci soit due à un manque de ressources ou à un manque de perspectives. Dans ces circonstances, les femmes sont prises au piège, privées de choix et souvent mises dans des situations qui conduisent à leur enfermement. 78. Les risques sont accrus pour les femmes qui sont victimes de discrimination croisée, telles que les femmes en situation de handicap, les femmes autochtones, les migrantes, les femmes âgées, les femmes issues de minorités raciales, ethniques ou sexuelles ou de minorités de genre et les autres femmes marginalisées, dont chacune doit faire face à d’autres stéréotypes préjudiciables et handicapants. Ces femmes sont aussi plus exposées que les autres à la violence, au conflit et à la non-liberté économique. 79. Pour remédier à la privation de liberté des femmes, il ne s’agit donc pas simplement de réduire les emprisonnements ou les placements en institution ou d’interdire l’enfermement forcé dans le cadre familial. Ces étapes sont nécessaires, mais elles ne sont pas suffisantes. Pour que les femmes jouissent pleinement de leur liberté sur un pied d’égalité avec les hommes, il faudra que les sociétés se 40 GE.19-07966 Voir Commission d’enquête internationale indépendante sur la République arabe syrienne, « Detention in the Syrian Arab Republic: a way forward », (mars 2018), par. 19. 19

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