A/HRC/41/33
11.
Le droit à la liberté est un droit fondamental qui est largement reconnu par les
instruments juridiques internationaux. Il est consacré notamment par les articles 4, 9 et 12
de la Déclaration universelle des droits de l’homme et par les articles 8, 9, 11 et 12 du Pacte
international relatif aux droits civils et politiques. La privation de liberté touche aussi à
d’autres droits fondamentaux, notamment les droits à la liberté de circulation, à l’intégrité
de la personne, à la vie privée, à la santé, au travail, à l’éducation, à la liberté de réunion,
d’association, d’expression et de religion ou de conviction. Le droit à l’égalité, le droit de
ne pas faire l’objet de discrimination et l’égalité des droits entre hommes et femmes, tels
que garantis par l’article 2 de la Déclaration et l’article 3 du Pacte, ainsi que par les
articles 2 et 3 de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à
l’égard des femmes entrent également en jeu. Tous ces droits sont inextricablement liés.
12.
La privation de liberté des femmes est un problème considérable partout dans le
monde et porte gravement atteinte aux droits de l’homme des intéressées. Dans un contexte
de dynamiques de pouvoir inégales et de discrimination systémique, des femmes sont
privées de liberté, souvent de façon arbitraire et discriminatoire, en violation de la loi et des
normes des droits de l’homme, et souvent aussi en toute impunité. La privation de liberté
des femmes a également un coût élevé pour la société, non seulement le coût financier dû à
l’entretien des structures ou des institutions d’enfermement, mais aussi et surtout le coût
humain des occasions et des contributions manquées et, souvent, des cycles
intergénérationnels de préjudice et leurs effets néfastes sur les familles et les communautés.
13.
Ce ne sont pas seulement les causes de la privation de liberté qui sont genrées, ses
conséquences le sont également ; en effet, les femmes vivent l’enfermement de manières
qui leur sont propres et elles sont souvent exposées à une discrimination, à une
stigmatisation et à des violences plus fortes au motif de leur genre. Leurs expériences
différeront aussi non seulement à cause des dynamiques de genre mais aussi à cause de
facteurs, tels que l’âge, le handicap, la race, l’origine ethnique ou le statut
socioéconomique, qui, en se conjuguant, créent des situations de discrimination et de
vulnérabilité distinctes.
14.
La discrimination à l’égard des femmes en ce qui concerne les conditions de la
privation de liberté est un sujet très important, qui a fait l’objet d’études approfondies de la
part de plusieurs autres titulaires de mandat au titre des procédures spéciales 7. Le Groupe de
travail fait fond sur ces études et consacre le présent rapport aux causes profondes qui
conduisent à l’enfermement, plutôt qu’aux conditions de l’enfermement ou à ses
conséquences.
15.
Durant l’examen des différents contextes de la privation de liberté, il est apparu que
toutes les situations avaient en commun certaines causes profondes, à savoir les stéréotypes
et les normes sociales liés au genre, le dénuement économique et l’expérience de la
violence et du conflit. Le présent rapport est organisé de façon à mettre en lumière chacune
de ces causes profondes. Il convient toutefois de noter qu’elles sont liées entre elles et
reflètent l’imbrication et le caractère cumulatif des discriminations subies par les femmes
tout au long de leur vie.
16.
Les causes de la privation de liberté ne touchent pas toutes les femmes ou groupes
de femmes de la même manière. Dans chaque société et dans chaque pays, certains groupes
sont victimes de formes de discrimination multiples et croisées, et bon nombre des femmes
de ces groupes subissent les effets de stéréotypes particulièrement destructeurs ou sont plus
susceptibles que d’autres de subir la violence et les conflits, de connaître la pauvreté ou
d’être économiquement marginalisées, et courent ainsi un plus grand risque de se trouver
privées de liberté. Ces facteurs sont dûment pris en compte par rapport aux thèmes et aux
situations examinés dans le présent rapport.
B.
Normes sociales discriminatoires et stéréotypes de genre
17.
Si l’article 5 de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de
discrimination à l’égard des femmes crée pour les États une obligation claire de parvenir à
7
GE.19-07966
Voir par exemple A/68/340, A/HRC/30/36 et A/HRC/40/54.
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