A/HRC/53/38
C.
Importance de l’indépendance du système de justice
24.
L’existence d’institutions judiciaires indépendantes, impartiales et compétentes, dont
des juges et des procureurs, est un droit absolu qui ne souffre aucune exception. Elle est en
outre indispensable pour établir les responsabilités en cas de violations graves des droits de
militants et de manifestants.
25.
Cependant, le Rapporteur spécial a observé qu’un nombre croissant d’États utilisaient
le système de justice pénale pour prendre pour cible et poursuivre des opposants politiques,
des défenseurs des droits de l’homme et des manifestants, tout en protégeant les auteurs de
violations graves des droits de l’homme contre des poursuites. Des responsables de
l’application des lois, des procureurs et des juges, sous l’influence du politique ou de partis
pris, ont refusé de poursuivre des acteurs de l’État et ont ainsi entravé l’accès à la justice.
Les États doivent garantir l’indépendance de la magistrature, et toutes les institutions
gouvernementales et autres doivent respecter cette indépendance et s’y conformer18.
D.
Mesures que les États prennent pour établir les responsabilités
26.
Dans la présente section, le Rapporteur spécial examine ce que les pays font pour
établir les responsabilités en ce qui concerne les violations graves des droits de l’homme
commises contre des militants et dans des manifestations ; il recense les principaux
problèmes à régler et les initiatives encourageantes à exploiter.
1.
Enquêtes
27.
Les États doivent s’acquitter de la responsabilité qui leur incombe d’enquêter sur
toutes les allégations de violations graves des droits de l’homme en lien avec des associations
et des réunions. Le Rapporteur spécial rappelle qu’il est essentiel de mener des enquêtes
suffisantes, impartiales et différenciées pour recueillir des preuves et établir les
responsabilités au bénéfice des victimes. Aux termes du Protocole du Minnesota relatif aux
enquêtes sur les décès résultant potentiellement d’actes illégaux, les enquêteurs devraient,
dans la mesure du possible, recueillir et confirmer toutes les preuves testimoniales,
documentaires et matérielles et déterminer les responsabilités individuelles.
28.
Le Rapporteur spécial salue les efforts que des États déploient pour enquêter sur les
allégations de crimes graves contre des militants et des manifestants, par exemple en créant
des commissions d’enquête. Mais, bien souvent, les mesures prises sont timides, les
mécanismes d’enquête ne sont ni indépendants ni impartiaux et leurs travaux n’aboutissent
pas à de réelles poursuites. En outre, les enquêtes sont rarement conformes aux normes
applicables, parmi lesquelles celles énoncées dans le Manuel pour enquêter efficacement sur
la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (Protocole
d’Istanbul) et le Protocole du Minnesota. Au Nigéria, la création de commissions judiciaires
régionales d’enquête et de restitution, comme suite aux violations graves commises par des
membres des forces de l’ordre lors des manifestations du mouvement « EndSARS » contre
la brutalité de la SARS (brigade spéciale de lutte contre le vol à main armée), va dans le bon
sens, mais ces commissions ne semblent pas avoir permis d’avancer beaucoup dans
l’établissement des responsabilités19.
29.
L’inadéquation des cadres normatifs, la non-reconnaissance de certaines infractions
et l’absence d’organes de contrôle indépendants qui enquêteraient sur les plaintes relatives
aux manquements des forces de l’ordre sont sources de grandes difficultés.
30.
Le Rapporteur spécial a été informé d’allégations selon lesquelles, dans plusieurs
pays, la police aurait refusé d’enregistrer des plaintes concernant des violations commises
par les autorités et celles-ci auraient tenté de dissimuler les preuves d’un emploi excessif de
la force et d’autres infractions commises dans des manifestations, pour éviter à des membres
des forces de l’ordre et/ou à d’autres fonctionnaires d’avoir à rendre des comptes.
18
19
GE.23-08077
Voir les Principes fondamentaux relatifs à l’indépendance de la magistrature.
Voir la communication NGA 6/2020.
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