A/HRC/52/30
Obstacles, entraves et problèmes empêchant la réalisation d’enquêtes
efficaces sur la torture
C.
28.
L’incapacité des États à effectuer des enquêtes sur les allégations de torture et à
amener les auteurs à répondre de leurs actes peut s’expliquer par de nombreux facteurs, d’où
la nécessité d’engager, à tous les niveaux du pouvoir, une réflexion sur les raisons de la
persistance des obstacles empêchant l’établissement des responsabilités. Parmi ces facteurs,
on peut citer les dénégations, l’obstruction délibérée, les retards, la désignation de boucs
émissaires, les procédures déficientes ou sous-financées, les obstacles à la participation des
victimes et une culture de la torture et de l’impunité qui détermine la tolérance présente à
l’égard de ces pratiques et les manœuvres visant à échapper aux responsabilités37. D’autres
obstacles ont été signalés à la Rapporteuse spéciale dans le cadre de l’établissement du
présent rapport, et d’autres précisions apportées.
29.
Les lacunes au niveau de la réglementation, comme l’absence d’un crime spécifique
de torture ou l’imprécision des dispositions du droit national en vertu desquelles les auteurs
d’actes de torture peuvent être jugés, restent des obstacles juridiques de premier ordre.
L’absence de dispositions juridiques définissant les procédures de plainte, d’enquête et de
poursuite constitue une autre lacune en matière de réglementation. Certaines législations
nationales continuent d’autoriser diverses formes de torture ou peines ou traitements
inhumains, ce qui empêche l’ouverture de poursuites. C’est le cas dans les États qui ont
conservé des lois pénitentiaires datant de l’époque coloniale ou des codes pénals autorisant
les châtiments corporels38. Dans certains pays, l’emprisonnement cellulaire pour une durée
indéterminée figure toujours dans les textes de loi39, tandis que, dans d’autres, les tribunaux
autorisent l’obtention d’aveux et de témoignages au moyen de la torture 40. De telles lois
doivent être immédiatement abrogées.
30.
Il n’est pas rare que les procédures de plainte soient inexistantes, peu sûres ou
inaccessibles et que les victimes et les témoins ne soient pas protégés contre les représailles
ou l’intimidation. Beaucoup de personnes arrêtées ou privées de liberté ne sont pas informées
de l’existence de procédures de plainte, ou alors les procédures en place ne garantissent pas
la confidentialité et ne sont pas sûres. Les tracasseries administratives et les obstructions
« invisibles » sont monnaie courante. Dans certains cas, les autorités refusent d’enregistrer
les plaintes, ou les plaignants sont soumis à des pressions ou dissuadés par d’autres moyens
de porter plainte.
31.
Des enquêtes déficientes dues à la mauvaise qualité des examens médicaux et des
analyses médico-légales portant spécifiquement sur la torture, au manque de moyens et à une
application inappropriée font obstacle à la justice. Le Protocole d’Istanbul, qui est le guide
usuel pour documenter les actes de torture et enquêter à leur sujet, est couramment utilisé par
les experts cliniques dans les affaires de torture. Or, comme la plupart des États ne l’ont pas
adopté ou approuvé officiellement, les pouvoirs publics ne disposent pas d’orientations
claires, faisant autorité, sur la manière de documenter les cas de torture et d’enquêter à leur
sujet. Dans de nombreux pays, les organes publics ont le monopole de la production des
preuves médicales dans les affaires de torture et les preuves produites par des médecins ou
des experts privés ne sont généralement pas prises en compte par l’accusation ni toujours
admises dans les procédures41. En outre, les magistrats du parquet et les juges ne possèdent
pas toujours l’expertise nécessaire pour évaluer la fiabilité des preuves de torture42. Quand la
torture entraîne la mort, l’autopsie se borne parfois à établir la cause du décès (crise
cardiaque, déshydratation ou traumatisme contondant, par exemple) sans documenter les
lésions résultant d’actes de torture. L’établissement, la documentation et l’évaluation de la
torture psychologique reste l’un des aspects les plus compliqués, que ce soit au stade de
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Voir A/76/168.
Voir contribution conjointe de Reprieve, du Centre for Human Rights Education, Advice and
Assistance (Malawi) et d’Irish Rule of Law International ; voir aussi la contribution de Suara Rakyat
Malaysia et du Réseau asiatique contre la peine de mort.
Contribution du Service juridique aux détenus, Canada.
Contribution conjointe de Reprieve et autres et contribution de Suara Rakyat Malaysia et autres.
Contribution du Conseil international de réadaptation pour les victimes de la torture.
Contribution de The Rights Practice.
GE.23-03126