A/HRC/56/51
superviser l’exécution de ces mesures a été renforcé. Le Groupe de travail note qu’au cours
de ces dix dernières années seulement, plus de 40 pays ont modifié et réécrit leur constitution
pour y intégrer des dispositions en faveur des droits des femmes et des filles 11.
14.
Toutefois, dans leurs réponses, les parties prenantes ont aussi fait état de la montée
des mouvements anti-droits, d’atteintes à l’égalité des droits des femmes et des filles et de la
persistance de la violence politique à l’égard des femmes. Certains pays ont des difficultés à
adopter, traduire en règlements ou faire appliquer des lois visant à faire progresser l’égalité
des sexes, et il leur est également difficile d’adopter des politiques publiques en la matière et
de les mettre en application, faute notamment d’y consacrer des fonds suffisants. Le Groupe
de travail a en outre observé que, même lorsque des dispositions progressistes visant à
promouvoir les droits des femmes et des filles, y compris par l’interdiction de pratiques
préjudiciables, sont introduites dans les constitutions et les législations nationales, leur
application pose souvent problème, car les questions relatives aux femmes et aux filles
continuent d’être marginalisées ou minimisées et il y a souvent une forte résistance aux
transformations sociales nécessaires à la réduction des inégalités entre les sexes 12 .
Dans certains cas, cette résistance a conduit à des tentatives de suppression des garanties
existantes, y compris des dispositions interdisant des pratiques préjudiciables.
15.
Les réactions hostiles à l’égalité des sexes sont le fait de mouvements politiques,
culturels et religieux nationalistes, fondamentalistes et conservateurs qui regroupent des
acteurs du monde politique, des milieux religieux et de la société civile. Ces mouvements ont
formé diverses alliances nationales et transnationales ayant pour but de promouvoir des
attitudes stéréotypées sur les rôles des femmes et des hommes dans la famille et la société,
qui limitent les choix et les perspectives des femmes et des filles dans de nombreux aspects
de leur vie13. Ces alliances s’en sont prises au terme « genre », qu’elles considèrent comme
un instrument de « colonisation idéologique » destiné à détruire la « famille traditionnelle »
et les « valeurs familiales »14. Elles ont réussi à influer sur la législation, les politiques et les
pratiques, et même, parfois, à faire changer l’opinion publique. En conséquence, on observe
dans le monde entier un rejet croissant des droits en matière de santé sexuelle et procréative,
notamment pour ce qui est de l’accès à une éducation complète sur la santé sexuelle et
procréative, à quoi s’ajoutent des déclarations misogynes incessantes dans les médias et la
montée d’un discours anti-genre dans le domaine public, même de la part de hauts
responsables politiques, ainsi que des attaques contre les femmes et les filles défenseuses des
droits humains15.
16.
Certains gouvernements ont alimenté ces réactions hostiles en remettant en cause
l’universalité des droits humains, en invoquant des motifs religieux et culturels 16 .
Le Rapporteur spécial sur la liberté de religion ou de conviction a constaté, d’après des
éléments d’appréciation très nombreux, que partout dans le monde, des acteurs justifiant leur
action par des motivations religieuses plaidaient auprès des gouvernements et du grand public
pour que soient maintenues ou imposées des lois et des politiques qui étaient directement ou
indirectement discriminatoires à l’égard des femmes, des filles et des personnes lesbiennes,
11
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GE.24-07559
Voir Claudia Flores, « The long road ahead: the first period of a gender-responsive Constitution in
Zimbabwe », in From Parchment to Practice: Implementing New Constitutions, Tom Ginsburg et
Aziz Z. Huq, dir. publ. (Cambridge, Cambridge University Press, 2020).
Ibid.
Voir Groupe de travail sur la discrimination à l’égard des femmes et des filles, document de position
intitulé « Gender equality and gender backlash », consultable à l’adresse https://www.ohchr.org/sites/
default/files/Documents/Issues/Women/WG/Gender-equality-and-gender-backlash.pdf. Voir aussi
Haley McEwen et Lata Narayanaswamy, « The international anti-gender movement: understanding
the rise of anti-gender discourses in the context of development, human rights and social protection »,
Institut de recherche des Nations Unies pour le développement social (mai 2023).
Groupe de travail sur la discrimination à l’égard des femmes et des filles, « Gender equality and
gender backlash », p. 7. Voir aussi A/HRC/38/46 et A/HRC/43/48.
Voir, par exemple, A/76/258, A/78/288, A/HRC/40/60, A/HRC/43/48, A/HRC/47/38,
CEDAW/C/BGR/CO/8, CEDAW/C/HUN/CO/9 et CEDAW/C/SRB/CO/4. Pour une vue plus
générale, voir Groupe de travail sur la discrimination à l’égard des femmes et des filles, « Gender
equality and gender backlash ».
A/HRC/47/38, par. 48.
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