A/76/302
d’autres États, en violation de leurs obligations internationales. En réponse aux
questions posées par M. Reid et par le représentant du Brésil concernant la collecte
de données, le docteur Blackstock affirme que la race devrait être systématiquement
mentionnée dans les données sanitaires recueillies. Elle ajoute que la ventilation des
données selon la race est essentielle pour orienter les politiques de santé et leur
financement. En réponse à une question formulée par un membre du Groupe de
travail, Sabelo Gumedze, la Rapporteuse spéciale rappelle que les restrictions de
voyage et les contrôles aux frontières devraient être dénués de tout racisme et de toute
discrimination raciale, conformément au droit international des droits de l’homme.
14. La deuxième table ronde a été consacrée au racisme systémique et aux violences
policières. Une chercheuse, membre du Groupe de recherche Forensic Architecture,
Imani Jacqueline Brown, présente les conclusions de ce dernier sur les brutalités
policières commises lors des manifestations du mouvement Black Lives Matter aux
États-Unis. Entre mai et décembre 2020, plus d’un millier de cas de violences et
d’agissements répréhensibles perpétrés par des agents des forces de l’ordre contre des
militants de Black Lives Matter ont été recensés, documents à l’appui. L’intervenante
souligne que cette politique répressive, qui est devenue monnaie courante, est
contraire aux normes et principes internationaux fondamentaux. Elle développe plus
avant le rôle des forces de l’ordre et des institutions judiciaires dans la perpétuation
d’une culture d’impunité et explique en quoi le fait de ne pas être tenu de répondre de
ses actes empêche les victimes de demander réparation. Elle recommande aux États
Membres de prendre des mesures pour mettre un terme à l’utilisation d’armes anti émeutes dites moins meurtrières et demande aux États-Unis de s’engager à réparer les
séquelles de l’oppression raciste.
15. La Directrice des programmes d’AfroResistance, Ana Barreto, évoque les
manquements relatifs aux droits de l’homme auxquels se sont heurtées les personnes
d’ascendance africaine en Amérique latine et dans les Caraïbes pendant la pandémie
de COVID-19. Elle fait ainsi état de la hausse très nette des agressions perpétrées
contre des responsables locaux et des défenseurs des droits de l’homme, et se dit
préoccupée par l’accroissement du nombre de féminicides, d’acte s de violence fondée
sur le genre et de « féminicides politiques », ainsi que par la multiplication des textes
de loi et des politiques qui ont restreint l’accès aux services de justice en matière de
procréation durant la pandémie de COVID-19. À cet égard, elle recommande de
constituer, aux niveaux national et local, des organes pluridisciplinaires qui seraient
chargés de la prévention des violences exercées contre les femmes et les filles. Elle
s’inquiète également de la situation des migrants noirs aux fr ontières du Panama et
de la Colombie, qui vivent dans des camps où les services de dépistage et de santé
publique sont limités.
16. Benjamin Crump, avocat spécialisé dans les droits civils, s’intéresse quant à lui
aux causes profondes de l’usage excessif de la force par les policiers contre les
personnes de couleur marginalisées aux États-Unis. Il explique que les décès de
George Floyd, Breonna Taylor, Ahmaud Arbery et d’autres Noirs américains ne
relèvent pas d’une coïncidence, mais sont le résultat du long pa ssé marqué par le
racisme et l’oppression généralisés que l’on observe aux États-Unis depuis 1619, date
à laquelle les premiers esclaves africains ont été emmenés en Amérique. Il ajoute que
l’existence de préjugés implicites au sein des forces de l’ordre a été démontrée par
des données indiquant que les violences policières étaient disproportionnellement
dirigées contre les personnes de couleur. Ainsi, dans plus de 75 % des cas, la
technique d’étranglement utilisée par les policiers visait des hommes de cou leur. Il
note que les manifestations contre le racisme, le colorisme et la xénophobie qui ont
eu lieu dans le monde entier après le meurtre de Georges Floyd ont été un moteur de
changements politiques et structurels. Il salue l’adoption par la Chambre des
représentants des États-Unis de la loi George Floyd sur la justice dans la police, qui
6/26
21-11641
Sélectionner le paragraphe cible3
Se connecter à un paragraphe
Connect to an entity
Disable highlights
Ajouter à la table des matières