A/HRC/55/55
Me Too19 ont donné à certaines victimes le courage de dénoncer leurs agresseurs, ce qui a
provoqué, ces dernières années, une prise de conscience en ce qui concerne l’exploitation
sexuelle et les abus sexuels dans l’industrie du divertissement. Dans leurs témoignages, les
victimes courageuses qui se sont manifestées ont constamment mis en avant le besoin urgent
de mieux protéger les enfants et les jeunes dans le secteur du divertissement et ont soulevé
des questions essentielles concernant l’inadéquation des mesures de prévention et de
protection existantes, des mécanismes de responsabilité et de l’accès à la justice.
1.
Absence de normes et normalisation des abus
16.
Dans le cadre de la présente étude thématique sur les abus sexuels sur enfants et
l’exploitation sexuelle d’enfants dans l’industrie du divertissement, l’absence d’accord sur la
portée des normes ou principes inviolables et le non-respect de l’intérêt supérieur de l’enfant
dans l’industrie ont été placés au premier rang des préoccupations. Le caractère flou de la
frontière qui sépare les comportements acceptables des comportements inacceptables
s’agissant des normes sociales20 et l’exposition à des contenus et des modes de vie fondés sur
une consommation exagérée et des formes d’épanouissement personnel reposant sur la
réification ou l’instrumentalisation d’êtres humains ou la banalisation des relations peuvent
être déstabilisants et néfastes21. Les schémas de domination, les inégalités au sein des groupes
et la normalisation des abus et de la violence sont des réalités latentes qui exposent en
permanence les enfants et les adolescents au risque d’exploitation sexuelle, où qu’ils
travaillent dans l’industrie du divertissement22. Ces réalités ont été mises en évidence par une
étude thématique sur la prise en compte des vulnérabilités des enfants face à la vente et à
l’exploitation sexuelle dans le cadre des objectifs de développement durable, que la
Rapporteuse spéciale a présentée dans son précédent rapport à l’Assemblée générale23. Des
films et des émissions de télévision qui montrent des abus sexuels sur enfants et l’exploitation
sexuelle d’enfants franchissent la limite entre la simple représentation de ces abus et de cette
exploitation et leur sublimation. En outre, le fait que de telles représentations viennent
renforcer les déséquilibres de pouvoir qui permettent aux abus sexuels sur enfants et à
l’exploitation des enfants de perdurer au sein de l’industrie pose divers dilemmes d’ordre
déontologique24.
17.
Des contenus montrant des abus sexuels sur enfants sont disponibles non seulement
sur le darknet, mais aussi sur des sites Web légaux25. Ces contenus contribuent à normaliser
le crime intolérable que constitue l’instrumentalisation sexuelle des enfants 26 . Ces
représentations affaiblissent le sentiment de culpabilité des personnes qui consomment de
tels contenus et les encouragent à percevoir ces actes sexuels comme ne relevant pas de la
maltraitance27. Par conséquent, il est impératif de procéder à un examen critique des systèmes
et des structures commerciales qui rendent possibles les abus sexuels sur enfants dans
l’industrie du divertissement28.
2.
Déséquilibre des rapports de force et dépendance à l’égard de l’agresseur
18.
Les personnes qui commettent de telles atteintes exercent souvent un pouvoir ou une
influence sur leurs victimes, exploitant les vulnérabilités et les aspirations de ces enfants,
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GE.23-25843
Anna E. Jaffe, Ian Cero et David DiLillo, « The #MeToo movement and perceptions of sexual
assault: college students’ recognition of sexual assault experiences over time », Psychology of
Violence, vol. 11, no 2 (mars 2021), p. 209 à 218.
Voir la contribution de la Commission nationale des droits de l’homme du Nigéria.
Voir la contribution d’El Salvador.
Voir la contribution de la Colombie.
Voir A/77/140.
Voir la contribution de Foundation ECPAT International.
Voir la contribution du Centre européen pour le droit et la justice.
Ibid.
Diana E. H. Russell, « Russell’s theory: exposure to child pornography as a cause of child sexual
victimization ». In Melinda Tankard Reist et Abigail Bray (dir. publ.), Big Porn Inc: Exposing the
Harms of the Global Pornography Industry (North Melbourne, Victoria, Spinifex Press, 2011).
Voir la contribution de Joseph Bonner.
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