A/HRC/56/52
I. Introduction
1.
Les drogues font partie de l’histoire de l’humanité depuis des millénaires, qu’elles
soient utilisées à des fins thérapeutiques, dans des rituels religieux ou culturels, ou pour le
plaisir1. Mais, en fonction des populations et des périodes, les sociétés ont adopté à l’égard
des drogues des approches très différentes.
2.
Les déterminants sociaux de la santé2 définissent des comportements et des situations
qui sont le reflet de disparités fondées sur le statut socioéconomique, l’appartenance ethnique,
la race, le sexe et d’autres facteurs. Certaines personnes s’adonnent à la drogue pour faire
face à des problèmes de santé mentale, à des traumatismes, ou à la discrimination et à la
marginalisation, comme c’est le cas des migrants, des peuples autochtones, des minorités
raciales, ethniques et sexuelles et des personnes LGBTIQA+ 3. Les sociétés ont tendance à
stigmatiser encore plus les usagers de drogues au lieu de s’attaquer aux causes profondes des
disparités liées à la consommation de drogues et aux facteurs de risque de troubles y afférents.
Pareille stigmatisation peut contribuer à fermer des portes pour ceux qui en font l’objet,
en les empêchant par exemple de trouver un emploi ou de poursuivre des études, d’acquérir
ou de conserver un logement, d’accéder à la sécurité sociale ou d’obtenir une nationalité ou
un statut légal.
3.
Il est essentiel de faire une distinction entre la consommation de drogues et les troubles
liés à l’usage de drogues. Les troubles liés à l’usage de drogues, notamment la toxicomanie,
constituent un état pathologique qui, en particulier s’il n’est pas traité, peut accroître les
risques de morbidité et de mortalité chez l’individu, provoquer des souffrances considérables
et entraîner une altération du fonctionnement sur le plan personnel, familial, social, éducatif,
professionnel ou dans d’autres domaines importants, d’où la nécessité d’un traitement
approprié 4 . La consommation de drogues n’est pas une pathologie et n’implique pas
obligatoirement une dépendance5. La majorité des personnes qui consomment des drogues
n’ont pas besoin de traitement. Néanmoins, l’usage de certaines substances sans surveillance
médicale peut être associé à un risque de surdose et de décès ; la consommation de drogues
par injection entraîne le risque supplémentaire de transmission d’infections telles que le VIH,
l’hépatite et la tuberculose.
4.
Les déterminants politiques de la santé, c’est-à-dire les normes, politiques et pratiques
découlant d’interactions politiques entre tous les secteurs et par-delà les frontières
géographiques qui affectent la santé6, induisent des situations plus ou moins bonnes à travers
le monde, notamment quand ils ont trait à la drogue et aux lois et politiques en matière de
drogues.
5.
Les risques liés à la consommation de drogues ont été aggravés par des stratégies
juridiques et politiques malavisées adoptées dans le cadre de la « guerre contre la drogue »
menée par le Nord global qui, depuis les années 1970, criminalise et stigmatise lourdement
la production, la distribution et la consommation de substances psychoactives, avec des effets
dévastateurs dans le monde entier et en particulier dans ce que l’on nomme le Sud global7.
Il est regrettable que le cadre juridique international régissant le contrôle des drogues ait
favorisé la criminalisation de la consommation de drogues, désignant la toxicomanie comme
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Marc-Antoine Crocq, « Aspects historiques et culturels de la relation entre l’homme et les substances
addictives », Dialogues in Clinical Neuroscience, vol. 9, no 4 (2007).
Organisation mondiale de la Santé (OMS), « Déterminants sociaux de la santé »,
voir https://www.who.int/health-topics/social-determinants-of-health#tab=tab_1.
Rapport mondial sur les drogues 2023 : Résumé (publication des Nations Unies, 2023).
OMS, « Drugs (psychoactive): impact », voir https://www.who.int/health-topics/
drugs-psychoactive#tab=tab_2.
A/65/255, par. 7. Pour des renseignements sur la consommation de drogues par substance et par
région, voir Rapport mondial sur les drogues 2022 : Résumé − Policy Implications (publication des
Nations Unies, 2022), p. 26 à 30.
Daniel Dawes, « Health inequities: a look at the political determinants of health during the COVID-19
pandemic », American Journal of Health Studies, vol. 35, no 2 (2020).
Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), « UN experts call for end to
global ‘war on drugs’ », 23 juin 2023.
GE.24-06996